Accueil Editoriaux Malgré le coronavirus, pas de confinement pour les dingueries municipales !

Malgré le coronavirus, pas de confinement pour les dingueries municipales !

Il n’y a pas que cette foutue épidémie, dans la vie, notre vaste monde continuant malgré tout de tourner. Ainsi, ma bonne amie, Sabine de Villeroché, bien connue de nos lecteurs, titilla-t-elle récemment ma curiosité en me faisant part des récentes ayant eu lieu en sa commune du Calvados ; soit un trou paumé d’à peine plus de mille habitants dont au moins la moitié de vaches et de tracteurs qui, eux, on le sait, ne votent pas.

Le premier adjoint sortant de cette charmante bourgade, du nom de Sainte-Honorine et/ou Saint-Kilapine, un bidule du genre ou un truc approchant, serait écologiste.

« Tu ne devineras pas sa dernière », qu’elle me dit, toute frétillante : « Une profession de foi en écriture inclusive… » Blasé par tant d’innovations sociétales, je lui réponds direct dans sa face : « Chez nous, dans ma cambrousse francilienne, notre maire a bien écrit dans son bulletin municipal, après les attentats de 2015, que « la lutte contre le barbarisme » était désormais sa priorité ». Bon, mon brave maire, lui, a au moins une excuse : il est sans étiquette, hormis celle de péremption.

Un point partout. Car chez nous, à Jouy-en-Josette, même si l’on compte à peine moins d’indigènes que chez la môme Sabine, on ne voudrait pas non plus se faire repasser par des Normands. On a un rang à tenir, un semblant de dignité à conserver.

Du coup, mon adorable chipie insiste avec le slogan mis à l’honneur par son cher édile : « Poursuivre & innover des expériences d’élu.e.s municipaux & communautaires. » Hormis le fait que l’usage abusif de l’esperluette [le « & », NDLR] peut paraître incongru, je m’incline : servir de l’écriture inclusive en ces contrées reculées, il fallait oser. Sauf que j’en ai encore sous la pédale. La preuve en est cet extrait de notre profession de foi : « Il est primordial que la politique et la géographie convergent en un lieu pour vous permettre de piloter votre destin. »

Là, elle en rabat, la donzelle ! Mais elle aussi a encore quelques cartouches dans sa musette. Et pan dans mon groin : « Recréer des espaces pour la biodiversité. Replanter des haies et des espaces verts. Permettre le développement des jardins partagés. »

En plein champ, ça doit évidemment être une priorité citoyenne que de cultiver son jardin… Fuck de fuck ! Je pensais faire le malin et voilà que la gisquette me bouscule dans les cordes…

Il faut donc reprendre son souffle, ne pas se laisser déborder et, même s’il convient – traditionnelle galanterie française oblige -, de ne jamais frapper une fille, même avec un myosotis ; l’honneur des hommes, ce n’est pas de la drouille non plus. D’où cet uppercut en plein dans son sac à main : « Ainsi, fleurissent parmi vous des centaines d’initiatives pour la qualité de notre eau, de notre alimentation et de la production locale, pour les énergies renouvelables, la réduction des déchets, les apprentissages de nos enfants, la culture pour tous les âges. »

La Sabine, je vois qu’elle chancelle devant la charge. Quoique la bougresse ait encore de la ressource, sachant que son maire à elle est à peu près aussi fortiche que le mien à moi : « Faciliter les déplacements doux, tel le vélo et la marche à pied. » Mon uppercut ne fait pas le poids vis-à-vis de son direct du droit. « Quatre boules de cuir tournent dans la lumière… » tel que naguère chanté par Claude Nougaro. Nonobstant, je me relève. Et là, le coup sous la ceinture : « Le territoire où vous vivez s’affirme comme un repère essentiel pour vous. C’est donc la commune, notre bien à tous, qui est au centre du dispositif, comme premier échelon d’une démocratie concrète et quotidienne. »

Soudain, elle la ramène moins, la mère Villeroché ! Allez, on va dire que j’ai gagné, ou le contraire. Tu m’invites à prendre un verre et c’est moi qui rince, maman m’ayant appris à interdire aux dames d’ouvrir leur porte-monnaie au restaurant.

On conclura en disant que tous deux, las de ces histoires de confinés, c’est toujours un plaisir de rire ensemble des cons finis.

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