Cyril Hemardinquer est le secrétaire régional Île-de-France de la Fédération professionnelle indépendante de la police.

L’ordre a été donné, aux policiers sur le terrain, de ne plus porter de masque contre le coronavirus. Pourquoi cette consigne soudaine ?

Cette consigne est tout simplement incompréhensible, c’est un non-sens, même si les masques ne protègent pas forcément le policier de la contamination, il protège a minima la population d’une éventuelle transmission émanant des policiers. Sachant que les fonctionnaires de police sont parmi les personnels les plus exposés, avec parfois des individus qui, se sachant contaminés, vont jusqu’à faire exprès de tenter de contaminer volontairement un maximum de policiers lors de leur interpellation ou à l’issue de celle-ci, exposant de fait tous les policiers acteurs de la chaîne judiciaire. Cela démontre, encore une fois, la rupture totale entre la dure réalité du terrain et la vision édulcorée, aseptisée de nos instances dirigeantes. J’ose espérer qu’une telle décision n’a pas été motivée par une volonté d’esthétisme politique afin de lutter contre le climat anxiogène lié au virus ou dans l’espoir de réaliser des économies de bouts de chandelle. Le gouvernement semble préférer protéger les prisonniers plutôt que ses agents, c’est irréaliste et pourtant bien réel. En gros, non seulement les policiers ne sont pas du tout protégés mais, en plus, par voie de conséquence, ils mettent ainsi, malgré eux, en danger la population qu’ils sont censés protéger.

Votre syndicat a réagi en indiquant que l’ensemble des policiers pourrait user du droit de retrait. Avez-vous eu un retour de la DGPN ? Va-t-on vers une crise professionnelle ?

À l’heure actuelle, nous n’avons toujours aucun retour de la part de la DGPN, que nous avions pourtant saisie en urgence par l’intermédiaire de notre secrétaire général. L’ensemble de la haute hiérarchie est sourde à nos appels. Bien évidemment, nous invitons chacun de nos collègues dont les conditions de sécurité ne sont pas garanties à faire usage de leur droit de retrait. Nous défendrons avec ardeur tout collègue qui serait lésé ou sanctionné pour avoir fait valoir ce droit. Notre profession ressentait déjà un grand mal-être, tant sur le plan de son administration en interne que de sa relation avec les usagers. Là, une étape de plus est franchie dans le cadre d’une grave crise professionnelle à venir. Nul besoin d’être un grand sociologue des organisations pour anticiper un point de non-retour qui semble devenir chaque jour plus proche et inévitable.

Actuellement, quelles sont les remontées du terrain ?

La situation sur le terrain est dramatique. Sur l’ensemble du territoire national, les unités se plaignent du manque d’équipement, masques, gants, gel hydroalcoolique… Mais aussi, et surtout, du manque de formation et de savoir-faire pour intervenir dans le cadre d’une telle crise sanitaire. Ce sentiment d’impuissance touche l’ensemble de la chaîne hiérarchique. Tout le monde veut bien faire, mais ne sait comment faire face à ce nouvel ennemi invisible dont l’arrivée n’a absolument pas été anticipée. Une grande partie de nos effectifs est sur le carreau, les premières scènes de pillage se sont produites, notamment dans les Yvelines. Sur le plan national, dans les cités et divers quartiers sensibles, le confinement n’est pas respecté et de nombreux individus hostiles aux policiers stagnent au pied des immeubles, des ventes à la sauvette de masque de protection ou de gel hydroalcoolique dérobés dans les hôpitaux se sont ajoutées au trafic de stupéfiant. Il faut impérativement que nos fonctionnaires soient en capacité de continuer à effectuer leur travail en parfaites conditions de sécurité et puissent être à même de remplir leurs missions régaliennes, pour préserver la stabilité et la paix sur notre territoire national.

Complément de David Portes, secrétaire général :

Encore une fois, nous devons avoir des instructions fermes et claires, avec peut-être l’appui de l’armée qui pourrait appliquer des sommations en cas de non-respect des règles, ce virus faisant tous les jours de plus en plus de victimes.
À la FPIP, nous en prenons acte et cet amateurisme aura certainement des conséquences si le gouvernement ne réagit pas rapidement pour protéger ceux qui protègent.

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