Editoriaux - Politique - 17 avril 2019

Macron touché par la grâce ?

L’incendie de Notre-Dame n’en finit pas de susciter des commentaires. Et c’est bien légitime. Des plus naïfs aux plus passionnés, des plus complaisants aux plus complotistes, ils envahissent les médias et les réseaux sociaux, permettant à chacun de livrer son opinion, son sentiment et son ressenti vis-à-vis d’un événement sans précédent. De nombreux observateurs de la vie sociale et politique croyaient les Français amorphes et dépités, ils découvrent un peuple réactif, sensible et combatif.

Ce peuple que certains de nos dirigeants appelaient les « sans-dents » ou que d’autres considéraient comme « n’étant rien » vient nous montrer, en pleine crise des gilets jaunes, qu’il est capable de bien plus que de contester et de casser. Qu’il n’est pas là seulement pour discuter l’autorité de l’État à longueur de semaine et pour s’en prendre gratuitement aux institutions et à ceux qui les représentent. À ce vaste élan de ferveur qui se traduit dans les paroles et les écrits s’ajoute un vrai désir de générosité et de solidarité qui vient se concrétiser par les millions d’euros récoltés en seulement quelques heures.

Dans ce contexte exceptionnel qui, il faut bien le dire, laisse une part au mystère, sans doute y a-t-il une vraie leçon à tirer pour celui qui nous gouverne. Et cette leçon tient dans la prise de conscience, éclairante et fulgurante pour lui, qu’il ne gouverne pas seulement « des Gaulois réfractaires » mais un peuple imprégné d’une histoire et d’une culture séculaires auxquelles il est viscéralement attaché.

Alors, dans ce contexte, faisons une hypothèse folle. Celle qui consisterait à penser qu’Emmanuel Macron a subitement réalisé, au moment où il allait conclure son grand débat et annoncer « ses réformes », que le peuple de France n’était pas uniquement en attente de quelques millions d’euros mais d’un grand et vrai projet civilisationnel. Si tel pouvait être le cas, il est facile d’imaginer l’immense solitude dans laquelle doit se trouver, à présent, le chef de l’État. Lui dont la feuille de route paraissait toute tracée et qui s’apprêtait à livrer la France sur l’autel du supra-nationalisme et du mercantilisme européen aurait enfin compris que notre pays et son peuple valent mieux que ce destin qui les conduirait à leur disparition inéluctable.

Grâce à Dieu, l’incendie de Notre-Dame n’emportera pas ce magnifique monument, chargé de notre Histoire, qui trône au centre de la capitale. Bien plus, il est vraisemblable qu’il a ravivé au fond de chacun d’entre nous cette braise qui couvait depuis longtemps en attente d’un signe mobilisateur seul à même de redonner l’espoir en un avenir auquel de nombreux Français ne croyaient plus. Macron a donc, maintenant, une lourde responsabilité. Et pour l’assumer, il faudra qu’il aille bien au-delà des propos qu’il a tenus mardi soir sur les chaînes de télévision. Car son devoir n’est pas seulement de reconstruire Notre-Dame, mais surtout de reconstruire la France. De mettre fin aux injustices sociales et économiques qui anéantissent les plus démunis. De redonner du sens à notre démocratie en écoutant ce que le peuple a à dire. De moraliser la vie politique et restaurer ainsi la confiance entre les élus et les citoyens. De permettre à la France de retrouver sa place dans le concert des nations, en ne la noyant pas dans un vaste espace au sein duquel l’argent serait la seule bannière. D’offrir, enfin, de grands projets et de belles perspectives à un peuple qui, une fois encore, vient de démontrer qu’il est présent dans les grands moments. Si cela advenait, alors oui, l’incendie de Notre-Dame serait un vrai miracle. Un miracle républicain digne des plus grandes heures de notre pays.

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