C’est reparti : « Nous sommes en guerre. » Lors de sa conférence de presse, lundi soir, à l’Élysée, le président de la République a repris une antienne qui rappelle de mauvais souvenirs aux Français et fleure bon la réduction drastique de leurs libertés. « Nous ne sommes pas en guerre », avait pourtant martelé le même Président à plusieurs reprises, les 2 mars, 11 mars et 9 mai derniers. Comme l’éolienne, Emmanuel Macron a tourné sous le vent. Une fois de plus. Il a même évoqué un possible recours à la contrainte et au rationnement pour inciter les Français à la sobriété. On ne change pas une méthode qui a fait ses preuves !

L’État macronien en toutes circonstances reste fort vis-à-vis des faibles et faible face aux forts. En oubliant le plus vite possible que la responsabilité de la situation lui incombe pour une très large part. Macron, qui ne sait pas très bien contre qui ou quoi il est en guerre, aurait dû se limiter à un seul conseil avant d’aller montrer ses muscles chez Vladimir Poutine : « Quand les types de 150 kg parlent à ceux de 60 kg, les types de 60 kg les écoutent », disait le merveilleux scénariste français (si français !) Michel Audiard (Les Tontons flingueurs). On ne saurait mieux dire...

La population russe (144 millions d’habitants contre 67 millions en France), la surface du pays (26 fois la France) et surtout ses insondables réserves en hydrocarbures invitaient à la plus grande prudence. « Gouverner, c’est prévoir », dit l’adage. Un chef d’État est un joueur d’échecs. Prévoir les réponses de l’adversaire fait partie du jeu, pour un chef d’État comme pour un patron d’entreprise. Or, aux échecs, les russes ne sont pas les plus mauvais. et von der Leyen l’ont oublié dans cette période tendue.

Appuyé sur un pouvoir qui n’est certes pas le plus démocratique du monde, Poutine a le temps pour lui. En Russe accompli, les échecs, il connaît. Depuis le début de sa carrière au KGB, cet homme pousse ses pions avec méthode, cache son jeu, rassure à bon escient et attaque quand on ne l’attend pas. Un cerveau de ce type provoque la chance. Et la chance de Poutine, c’est l’Europe, faible, forte en gueule et manipulée. La chance de Poutine, c’est aussi Macron. Les deux hommes sont aux antipodes dans la manière d’exercer le pouvoir.

Poutine frappe par sa vision à long terme de la politique et de la puissance russes, par cette revanche à prendre sur l’histoire de la décomposition de l’empire après la chute de l’URSS. Face à ce stratège habité par une mission (qu'on loue ou dénonce sa politique), reste un opportuniste, un homme de l’instant. Il a profité du trou d’air de la gauche après cinq ans de présidence Hollande pour se saisir du pouvoir. Il a géré au jour le jour la crise du Covid sans crainte de se contredire ni d’endetter la France pour des décennies. Pour sortir de l’impasse financière, il s’est appuyé sur un nouvel endettement, au niveau européen cette fois, qui nous attache à l'Europe. Enfin, ce court-termiste prêt à se caler sur toutes les puissances (Europe, États-Unis, OTAN…), sauf sur l’intérêt des Français, s’est aligné du jour au lendemain sans la moindre réserve sur la position de von der Leyen, sans mesurer les effets de son choix. C’est la faiblesse intrinsèque du gouvernant mondialiste : il est condamné à jouer les caniches nains suiveurs.

Le résultat est là. L’Europe devait étouffer la Russie sous les sanctions ? Poutine croule sous le cash

et continue d’avancer ses pions, jouant avec les nerfs des Européens comme un chat avec une pelote de laine. Les États-Unis aussi se sortent très bien financièrement de la situation. Quant à l’Europe ? On allait se passer de ce fichu gaz russe et laisser notre fournisseur sur le carreau. Finalement, c’est lui qui décide de fermer le robinet, laissant les Européens déconcertés, Français en tête. Le général Poutine garde l’initiative. Reste à la réaction tardive, l’impuissance et l’appel de son peuple à la souffrance et à la pauvreté. Après avoir bombé le torse dans ce conflit, le Président français prépare son peuple à un hiver particulièrement rude à tous égards. L'homme qui part en guerre n’a rien vu venir. Aux innocents les mains vides.

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6 septembre 2022

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12 commentaires

  1. Je doute que cet hiver le chauffage de l’Élysée soit limité à 19° et que Macron travaille avec une doudoune sur le dos.
    Il a fait fermer Fessenheim, dépenser des milliards pour développer des éoliennes qui ne servent à rien, fait perdre à EDF toute sa compétence dans le nucléaire, s’est fâché avec Poutine qui se moque des « sanctions » et nous le montre en fermant le robinet du gaz, vendu ALSTOM aux américains, avec son expertise dans la fabrication des turbines pour centrales… et il se permet de nous menacer de restrictions autoritaires si nous ne serons pas la ceinture pour réparer ses c…ries…
    A ce train là je doute qu’il finisse son mandat. Que pourra-t-il contre un peuple qui n’aura plus rien à perdre.

  2. Si nous avions soutenu Gorbatchev , pro-européen, qui aimait la France, (de Gaulle était pour le rapprochement avec la Russie, pour cela il était visionnaire) nous n’en serions pas là, souvenons nous, à la suite d’Eltsine, la Russie était humiliée, avec Poutine, elle a retrouvé sa grandeur, restauré des églises, monastères détruits par Staline, nous sommes les chiots des US, ce sera notre perte, Orban l’a bien compris mais il est bien seul, l’Europe finira par tomber d’elle-même !

  3. Pourquoi Poutine devrait-il encore respecter Macron ou les Allemands ? Les deux pays n’ont même pas eu la force d’appliquer les accords de Minsk. Il est clair pour Poutine que les Européens ont abandonné leur pouvoir de décision à l’OTAN (Etats-Unis). De quoi Macron et Poutine doivent-ils encore parler ? Un puissant ne négocie pas avec des vassaux.

  4. Aux antipodes en effet : Poutine protège son immense pays producteur qui peut se passer de nous alors que Macron poursuit un rêve écolo-progressiste qui nous ruinera. Achetons du Rouble pour gonfler nos portefeuilles boursiers afin de compenser la chute de l’Euro.

  5. Hollande et Macron sont passés à côté du plus vaste marché européen pour nos exportations et pour notre approvisionnement de matières premières. Quelle belle réussite!

  6. « L’État macronien en toutes circonstances reste fort vis-à-vis des faibles et faible face aux forts ». C’est la principale caractéristique de la lâcheté.

  7. Et quand il dit nous sommes en guerre, sans préciser contre qui, on peut craindre le pire; à force de provoquer Poutine en envoyant armes , conseillers et sûrement quelques militaires sans nous le dire( en le prenant allègrement pour un imbécile quand de surcroît il lui téléphone et joue les bons offices)

  8. Napoléon puis Hitler ont cru un moment terrasser l’ours russe; après l’illusion initiale de la victoire, ils ont fini écrasés sous la puissance du géant. Ils avaient pourtant un autre calibre qu’un minable comme Macron et leurs armes étaient bien plus redoutables que celles de la pitoyable union européenne !

    1. Ces expériences cruelles semblent aujourd’hui totalement oubliées ou sont délibérément passées sous silence. Le chancelier de fer Bismarck a déclaré sur son lit de mort :  » Jamais contre la Russie ! « Les Allemands l’avaient oublié et avaient perdu leur souveraineté à jamais. L’Europe va perdre une partie de son industrie encore compétitive. Qui en profitera ?

  9. «  nous allons détruire l’économie de la Russie « 
    Cette blagounette n’a pas été lancé par hollande mais bien par un certain bruno Lemaire , notre ministre de l’économie qui est soit dit en passant n’est même pas fichu de dire combien de m2 il y a dans un hectare
    Nous en sommes là

    1. La différence entre les russes et nous, c’est qu’ils n’ont pas besoin de détruire notre économie: On le fait tout seuls avec une rare efficacité…

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