Editoriaux - Politique - 9 juin 2019

Macron et les européennes : une victoire « à la Orwell »

Il n’a pas fallu attendre longtemps après la proclamation du résultat des élections européennes pour que le chœur des médias pro-gouvernementaux (presque tous) présente le résultat comme une victoire du Président.

Ceux qui ne partagent pas ses orientations, soit une large majorité des Français, ne doivent pas être dupes : ce n’est nullement là une analyse objective de la situation mais l’effet d’une opération de communication de type nouveau, fondée sur l’idée que, quel que soit le résultat effectif de la bataille, il suffit de claironner assez fort que c’est une victoire pour que ce soit une victoire.

La médiatisation du monde, aux deux sens du terme : l’importance des médias, de plus en plus uniformes, et le fait que le contact avec les images remplace le contact direct avec les choses rendent ce genre d’opération possible.

George Orwell a décrit un monde totalitaire où la propagande en arrive à imposer que « la paix, c’est la guerre », « la liberté, c’est l’esclavage ». Aujourd’hui, « la défaite, c’est la victoire ».

Qu’en est-il, au juste ? Le seul sujet de satisfaction dont peut se targuer le pouvoir est d’avoir limité l’avance du Rassemblement national à 0,9 %, ce qui est moins que le triomphe annoncé.

Hors cela, on ne voit pas de quoi pourrait se réjouir Macron : par rapport au premier tour de l’élection présidentielle, il a perdu 3,5 millions de voix, et encore une partie des voix de Fillon (2 à 3 millions) se sont-elles, entre-temps, ralliées à lui, ce qui suppose que la désaffection de son électorat d’origine est encore plus étendue.

Le RN a aussi perdu des voix, mais moins : 2,3 millions, et il en gagné 550.000 par rapport aux élections européennes précédentes.

Le score de Macron en pourcentage (22,4 %, soit 11,2 % des inscrits) est très faible pour un pouvoir en place. Il signifie qu’un Français sur dix, seulement, a voulu donner un satisfecit au Président. Cela correspond à peu près au fait que 80 % des automobilistes donnaient, au début du mouvement, des signes d’approbation aux gilet jaunes (au moins en province). Il n’y a pas là de quoi chanter victoire. D’autant que ce résultat comprend une grande partie de votes légitimistes, ceux de gens qui votent presque systématiquement pour le pouvoir en place, en particulier dans l’électorat âgé ou très âgé. Compte tenu du comportement de ces électeurs, 20 % est le plancher quasi incompressible en deçà duquel peut difficilement descendre un Président en exercice. À comparer aux 60-70 % d’opinions favorables des nationaux : Poutine, Orbán, Salvini.

Néanmoins, Macron pense avoir une base suffisante pour « continuer les réformes ». Et une partie de la bourgeoisie, notamment ceux qui sont passés des Républicains à En Marche !, réclame « des réformes, des réformes » sans se demander si celles que projette Macron sont bonnes ou pas.

Gageons que même si Macron avait essuyé une défaite retentissante, il aurait quand même dit « Je continue ». Il dit ça depuis plus de six mois que la crise des gilets jaunes a commencé. C’est le propre des idéologues : rien ne les arrête, rien n’est susceptible de remettre en cause leur certitude que leurs idées sont bonnes, et surtout pas un mouvement populaire ou un désaveu électoral.

Mais si le peuple n’a exprimé rien de précis dans cette élection, sinon un bien faible enthousiasme pour le pouvoir en place, il serait illusoire de croire qu’il va laisser passivement un pouvoir à la légitimité si faible continuer comme si de rien n’était. Gageons que ceux qui se rallient à lui aujourd’hui, notamment parmi Les Républicains, n’en seront pas très fiers aux échéances du printemps prochain.

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