En ces temps de pandémie, on n'est, semble-t-il, jamais trop prudent. Emmanuel Macron devait se rendre au pour passer Noël aux côtés des soldats français, comme c'est devenu la tradition pour le chef des armées qu'est le président de la République. Le déplacement est annulé « cause Covid », comme on lit sur les devantures de certains magasins. Jean Castex, accompagné de Florence Parly et de Gabriel Attal, devait, quant à lui, se rendre en Jordanie, cette fois pour fêter le Nouvel An avec nos soldats. On le sait moins mais un dispositif permanent, notamment de l'armée de l'air et de l'espace, est en effet déployé là-bas. Là aussi, le déplacement est annulé à cause de la menace sanitaire grave que semble faire peser le variant Omicron.

Les troupes françaises sont déployées au Mali depuis janvier 2013, et dans les pays du G5 Sahel depuis fin 2014. Les opérations Serval puis Barkhane, si leur efficacité à long terme peut certainement être questionnée, ont permis de neutraliser un grand nombre de djihadistes et de contenir la menace islamiste. Ce que l'intervention de Sarkozy en Libye avait déclenché (la déstabilisation de la région, la récupération d'armes de guerre dans les stocks libyens, la montée en puissance des groupes terroristes), l'intervention de Hollande - soyons juste à son égard - l'a endigué. Pas moins de 57 militaires sont morts dans le cadre de cette opération.

En Jordanie, l'action de l'aviation de chasse a permis, semble-t-il, un appréciable « bilan » en appui des opérations menées par la coalition multinationale sous commandement américain. C'est, à travers la présence française, l'opération Chammal qui se poursuit afin d'empêcher toute renaissance de ce qui fut l'État islamique. Au passage, soulignons le remarquable courage de la famille royale jordanienne, non seulement très tolérante d'un point de vue religieux, mais aussi prête à accepter les dangers qu'entraîne son soutien aux Occidentaux.

Tous ces éléments ont apparemment été balayés d'un revers de la main par l'exécutif français. On ne badine pas avec le Covid. On peut s'embrasser comme du bon pain entre ministres, se serrer la main entre élus, on peut ne pas porter le tout en ordonnant au bon peuple de remettre le sien sur le nez (comme récemment)... mais on ne peut pas se déplacer sur un théâtre d'opérations pour témoigner aux soldats français la fierté de la nation. Le variant Omicron est si contagieux qu'il empêchera même Emmanuel Macron de rencontrer le président malien, Assimi Goïta, qui s'est hissé au pouvoir par un coup d'État cette année et traite désormais avec la société militaire privée Wagner, faux nez des intérêts russes.

Il y a des priorités. Les militaires n'en font pas partie. Ce n'est pas la première fois qu'on utilise leur silence pour faire des économies. Le dîner préparé par le chef de l'Élysée sera néanmoins livré aux 2.800 militaires de Gao pour Noël. C'est un geste élégant, mais aussi dérisoire. On peut priver le grognard français de beaucoup de choses, mais pas de nourriture ni de considération. La nourriture sera de qualité et arrivera par avion. La considération, elle, n'arrivera pas « en présentiel », comme on dit désormais. Le Covid a bon dos.

Joyeux Noël à nos soldats, loin de chez eux, qui portent les couleurs de la France, aux ordres de chefs inconséquents, parfois dangereux et apparemment indifférents.

20 décembre 2021