Emmanuel Macron ? L’étrange Président que voilà. Qui s’expose tout en ne s’exposant pas vraiment, qui dévoile, au gré des circonstances, telle ou telle facette de sa personnalité ; contradictoires, parfois. Quand, durant sa campagne, il se rend au Salon des nouvelles technologies à Las Vegas, il est visiblement à son affaire. Quand, « en même temps » ou « à l’inverse », il fait en Vendée l’apologie du Puy du Fou et de tout ce que cela peut représenter d’imaginaire collectif et de roman national, il est paradoxalement tout aussi plausible. Comme si l’homme, si soucieux de son image – image de synthèse ? –, était aussi celui d’une sorte de synthèse politique.

Ce mardi, c’était son baptême du feu à l’ONU, évidemment plus qu’attendu au tournant, tant les lieux résonnent encore du fameux discours de Dominique de Villepin, prononcé sous les applaudissements – du presque jamais vu en cette enceinte – le 14 février 2003. Sans atteindre les mêmes sommets de lyrisme, force est d’avouer que la prestation d’Emmanuel Macron est à la hauteur des enjeux. Certes, même si après dix ans de sarkollandie débridée en matière de politique étrangère, un bidet pourrait se faire passer pour Talleyrand, il n’empêche que…

Ainsi, Emmanuel Macron semble-t-il enfin renouer avec la traditionnelle politique du Quai d’Orsay, plaidant pour l’avènement d’un monde multipolaire, à rebours de l’atlantisme béat de ses deux prédécesseurs. Oui, le réchauffement climatique n’est pas que vue de l’esprit et billevesées de gauchistes à l’esprit enfiévré. Oui, une guerre contre la Corée du Nord serait proprement suicidaire. Oui, l’accord sur le nucléaire iranien est un bon accord. Oui, rien ne se fera au Proche et Moyen-Orient sans Moscou et Téhéran. Non, Emmanuel Macron n’est pas que le ludion qu’on croyait…

A contrario, Donald fait du Trump. Menace de guerre la Corée du Nord, en attendant le tour de l’Iran et du Venezuela ; le tout au nom de la lutte contre l’inusable « axe du mal » et de ses non moins increvables « États voyous »… D’ailleurs, le président américain croit-il seulement à son propre discours, menacé qu’il est par les pouvoirs médiatiques et judiciaires, auxquels s’ajoutent encore ceux des services secrets et de l’indétrônable et du tout-puissant lobby militaro-industriel ? Étrange personnage, lui aussi, qui, tenaillé entre impérialisme et isolationnisme, voudrait que l’ se recentre sur ses frontières tout en demeurant gendarme du monde.

Mais les États-Unis d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier. L’avenir appartient aux pays émergents, la au premier chef. La France, elle aussi, n’en finit plus de rêver de sa gloire passée. Sur le sujet, Macron paraît plus lucide que Trump : “La place que la France occupe dans le concert des nations est presque aujourd’hui un miracle. Une rémanence, une persistance rétinienne !” Ces mots lourds de sens ont été prononcés devant plusieurs centaines de Français expatriés à New York, soit un public plus enclin à la mondanité qu’aux considérations civilisationnelles…

Et Emmanuel Macron d’enfoncer le clou :

Nos contributions à l’ONU n’ont rien à voir avec la place que nous y occupons. Notre puissance économique est de plus en plus déconnectée de celle-ci. Pour que cette voix française soit entendue, nous devons nous transformer nous-mêmes. Nous voyons tout avec beaucoup de lucidité, mais nous ne faisons à peu près rien de ce que nous considérons devoir être fait.

On a déjà entendu diagnostic plus idiot. Décidément très en verve, il s’en est également pris aux médias français, coupables selon lui “de ne commenter que ses silences et ses dires” ; bref, un système “totalement narcissique”. Venant d’un homme s’étant complaisamment mis en scène, lui et sa morganatique épouse, comme disait naguère le roi Hassan II du à propos de Danielle Mitterrand, voilà qui est un peu fort de salsifis.

Ça doit être cela, aussi, l’énigme Macron.

20 septembre 2017

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