Editoriaux - Politique - Société - 31 août 2015

Pourquoi Louis XIV ne nous met pas en appétit

Roi très moderne, y compris par son règne interminable (« qui vit trop meurt vivant », a dit Chateaubriand), Louis XIV a toujours fait peur aux esprits lucides et aristocratiques comme Tocqueville. Il a épouvanté Saint-Simon, qui lui écrivit une belle lettre anonyme énumérant déjà les caractères du mal dit français. Il imposa une médiocre vision du métier de roi, qui mit fin à une belle rêverie médiévale et la remplaça par une machinale mise en scène.

Debord disait : « Le baroque est l’art d’un monde qui a perdu son centre : le dernier ordre mythique reconnu par le moyen-âge, dans le cosmos et le gouvernement terrestre – l’unité de la Chrétienté et le fantôme d’un Empire – est tombé. »

Il ajoutait aussi : « Toute vie sociale s’est déjà concentrée dans la pauvreté ornementale de la Cour, parure de la froide administration étatique qui culmine dans le “métier de roi” ; et toute liberté historique particulière a dû consentir à sa perte. »

Si vous n’êtes pas d’accord avec ce marxiste, lisez Bernanos et sa magnifique France contre les robots, recensant le déclin de nos libertés médiévales.

Puis le vieux roi engagea la France dans des politiques de puissance bonnes pour les maurrassiens mais pas pour le pays ; il aura fini son règne sous les huées, avec une population famélique et en déclin de 15 %, et une guerre de succession d’Espagne qui mit fin, en fait, à la belle puissance espagnole. Enfin, il établit la puissance protestante en Europe par sa Révocation.

Ce qui est frappant aussi, c’est cette dévotion, cette hypocrisie qui débouche sur la révolution sexuelle et financière de la Régence. Elle fut bien dénoncée par le monarchiste Paul Féval dans Le Bossu, et cette libération si moderne, presque soixante-huitarde, fut bien décrite par Montesquieu dans ses Lettres.

Cet auteur, qui écrivit en fait dans un bon style journalistique un opus libéral, ajoute (lettre XXIV) que le roi de France est un grand magicien parce qu’il manipule les monnaies et commande aux esprits !

On voit en fait à travers Montesquieu qu’on est déjà face à une société cynique et désabusée, obsédée par l’argent et le plaisir. Montesquieu impose, lui, une vision habile d’un journaliste déjà au service des Anglo-Saxons, alors que Saint-Simon se drape dans des vêtures et un style magnifique pour calmer son effroi uchronique.

Si je dois défendre le règne de Louis XIV, ce sera pour de vagues sensations liées à son commencement : on aime Molière, Lully, Turenne, certaines grandes batailles, et l’éclat de la cour. On aime aussi d’Artagnan qui mourut… à Maastricht.

Mais on est vite réduit au « roi-machine » que dénonçait déjà Taine dans ses Origines : “On tombe soi-même dans la parade qu’on a substituée à l’action. Le roi a une cour, il faut qu’il la tienne… on est obligé de passer sa vie en public et en spectacle. À parler exactement, c’est le métier d’un acteur qui toute la journée serait en scène.”

Quant à Versailles, c’est un décor de film et pas un château.

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