Accueil Editoriaux Le livre de l’été / Syrie : Pourquoi l’Occident s’est trompé – Extrait 4/5

Le livre de l’été / Syrie : Pourquoi l’Occident s’est trompé – Extrait 4/5

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Le conflit syrien a été l’occasion pour la diplomatie russe de revenir de façon spectaculaire dans le jeu diplomatique mondial. L’accord obtenu en septembre 2013 en constitue l’exemple magistral. Ainsi les Américains ont fini par accepter le plan de sortie de crise proposé par Vladimir Poutine le 9 septembre, plan qui consiste, sous supervision de l’ONU, à sécuriser l’arsenal chimique de Damas. Pour les Russes, il était en effet important de faire revenir les Américains et leurs alliés sur le terrain du droit international. Plus on a recours aux bons sentiments, plus on s’affranchit du droit international. Après deux décennies de difficultés et d’humiliations (la Serbie, le Kosovo puis la Géorgie et l’Ukraine), la diplomatie russe a profité de la crise syrienne pour s’arc-bouter sur ses principes et reprendre la main.

Les années 1990 ont été vécues par la diplomatie russe comme une “décennie noire”, correspondant à un incontestable déclassement des positions du pays face à une Amérique “hyperpuissante”. L’intervention de l’OTAN en 1999 en Serbie et l’imposition d’un Kosovo souverain et indépendant ont été perçues comme une humiliation sans précédents à Moscou.

Mais que représente vraiment la Syrie pour les Russes, au point d’en avoir fait une question de principe ?

Le maintien de la base navale de Tartous, seule fenêtre maritime méditerranéenne de la marine russe constitue un enjeu important, sans être toutefois essentiel.

La question des routes des hydrocarbures constitue aussi, sans doute, une des raisons particulières de l’attention portée par la Russie au dossier syrien : le territoire syrien est le carrefour essentiel par lequel pourraient transiter de nouvelles routes venues du Golfe Persique en direction de l’Europe. Derrière ces projets, se profile une marginalisation programmée du gaz russe au profit du gaz qatari, à destination d’un des premiers foyers de consommation mondiale, l’Union Européenne.

Mais à vrai dire, les Russes se battent en Syrie pour des questions de principes. Et à cet égard, la rigidité de la position russe est directement le produit du précédent libyen de 2011. Les Russes (suivis par les Chinois) avaient négocié et finalement décidé de s’abstenir “pour des raisons de principes” lors du vote de la résolution 1973 du 17 mars 2011. Cette dernière instaurait une zone d’exclusion aérienne en Libye, mais excluait tout changement de régime par la force. Or, la responsabilité directe de l’intervention de l’OTAN dans la capture puis l’exécution de Mouammar Kadhafi a été perçue comme une violation de ladite résolution. C’est dans ces dispositions que la Russie a abordé durant l’année 2011 les discussions au Conseil de sécurité touchant le dossier syrien : elle utilisa trois fois son veto et refusa d’accepter toute résolution. L’objectif principal de la diplomatie russe fut donc dès le début de s’en tenir au respect de la souveraineté de la Syrie et au maintien du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États.

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