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Editoriaux - Histoire - Livres - 25 janvier 2020

Livre : La Fin du monde viking, de Stéphane Coviaux

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Les éditions Passés Composés publient le dernier ouvrage de Stéphane Coviaux : La Fin du monde viking. On y apprend, notamment, que les raids vikings ont favorisé la christianisation des pays du Nord…

Figures de la barbarie, professionnels du pillage, signes avant-coureurs de l’Apocalypse, les font l’objet d’une belle littérature (moins concernée par la vérité historique que par le caractère mythologique et fantastique des pillards) : des chroniques des clercs du VIIIe siècle aux séries Netflix. Survenus au VIIIe siècle, les raids vikings constituent un espace de contact entre les populations scandinaves et l’Occident chrétien. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce sont ces contacts qui ont permis la christianisation de la Norvège, de la Suède et du Danemark, et qui ont précipité la fin du monde viking. Stéphane Coviaux revient sur cet épisode d’histoire méconnu, loin des caricatures et des mythes.

Trois phases de christianisation en Scandinavie se succèdent.

Une phase d’infiltration (Ier siècle à 950) caractérisée par un renforcement des échanges avec l’Occident chrétien et des épisodes de conversions individuelles.

Une phase missionnaire menée par les rois et les missionnaires (début du Xe siècle au début du XIe siècle) : le christianisme devient en quelque sorte la religion officielle.

Une phase d’organisation et d’institutionnalisation du christianisme (début du IXe siècle jusqu’au XIIIe siècle).

Loin de l’image d’Épinal d’un missionnaire oppresseur imposant sa foi au mépris des us et coutumes du pays, Stéphane Coviaux évoque la réflexion pédagogique de l’Église catholique. La christianisation doit être progressive et s’intégrer aux civilisations préexistantes. En témoignent les œuvres d’art sur lesquelles s’appuie l’auteur pour mettre en lumière le syncrétisme religieux et civilisationnel. La thèse de l’ouvrage est surtout de démontrer que la christianisation était bien plus liée à un phénomène interne aux sociétés vikings qu’à une entreprise de domination des populations occidentales. « Il convient de “décoloniser” l’histoire de la christianisation des peuples nordiques, c’est-à-dire de ne pas la réduire à la diffusion et à l’imposition plus ou moins contrainte d’une nouvelle religion venue de l’extérieur. » Les missionnaires ont été acteurs « dans l’ombre des rois ». La christianisation était avant tout un acte diplomatique, vu d’ailleurs comme une chance pour la plupart des chefs scandinaves. C’est pourquoi le christianisme s’est infiltré dans la société viking par plusieurs canaux : relations commerciales, guerres, pillages.

Le phénomène de christianisation est bien plus qu’un simple épisode de conversion religieuse mais bien « un changement de civilisation ». En témoignera, par la suite, l’évolution des sociétés du monde nordique. Et Stéphane Coviaux de conclure : « Ce changement ne fut ni brutal, ni radical. Qu’il s’agisse de la manière dont les pratiques religieuses se mirent en place, de la façon dont les usages sociaux liés au christianisme furent progressivement adoptés par les populations ou encore des procédés permettant à l’Église d’imposer son magistère, on relève partout la même tendance à l’accommodement. C’est ce qui explique que, au début du XIIIe siècle, l’homme qui se rendait à l’église de Hyllestad pour y entendre la messe pouvait contempler, au portail de l’édifice, une scène représentants Sigurd en train de tuer le dragon Fáfnir. »

On appréciera le cahier de notes explicatives, les références bibliographiques multiples, la grande diversité de sources (runologie, littérature, archéologie) et la plume claire de l’auteur. Stéphane Coviaux, souhaitait « ne pas écrire uniquement pour le cercle restreint de ceux qui sont capables de lire les langues nordiques » et les savants. On peut dire que le pari est réussi.

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