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est un philosophe de son temps. Par-là, nous ne voulons pas dire qu’il est un penseur en résonnance avec son époque ou encore qu’il en épouse les modes et les contours. Au vrai est-il bien plus un intellectuel dans son temps, c’est-à-dire qu’il n’en refuse ni les désagréments, ni les contraintes, ni les vicissitudes, mais qu’il se pose doublement en rebelle et en anarque jüngeriens.

En rebelle, ces lignes du Traité éponyme de l’auteur des Orages d’acier lui vont comme un beau gant à une belle main : « L’un des traits sympathiques de l’homme contemporain est son dégoût des banalités distinguées, sa froide exigence d’honnêteté intellectuelle. S’y ajoute une conscience aiguë de la moindre fausse note. »

En anarque, Benoist s’inscrit parfaitement dans le sillon creusé par lui par la définition qu’il en donnait dans un essai magistral sur Jünger, publié en 2020 : « Ayant franchi le mur du temps, il est dans la position de l’étoile polaire, celle qui reste fixe tandis que la voûte étoilée tourne entière autour d’elle, axe central ou moyeu, “centre de la roue où s’abolit le temps”. »

Voilà notre homme : dans son temps, mais au-delà de l’actualité ; passionné, mais au-delà des agitations mondaines.

Et pour s’en convaincre à grande eau rafraîchissante, rien de tel que de se plonger dans la lecture de son dernier recueil, Contre l’esprit du temps, titre qui reflète aussi bien la personnalité de l’intellectuel méditatif que la substance d’une réflexion qui, bien que dérangeante, sinon quelquefois irritante, ne laisse guère indifférent et élève parfois.

Cet essai réunit soixante-dix entretiens couvrant la période 2007-2021 et portant sur des thèmes aussi éclectiques que la décroissance, les prénoms, le peuple, la philosophie, les animaux, l’Europe, la littérature, la modernité, la « théorie » du genre, le socialisme, les droits de l’homme, Nietzsche, le libéralisme, le populisme, Karl Marx, l’écologie, le sacré, la politique, la liberté d’expression, le racisme, la révolution conservatrice allemande, la « vie bonne », le féminisme, etc.

Le familier de la pensée du fondateur de la « Nouvelle Droite » restera toujours admiratif de son encyclopédisme qui en fait, indubitablement, un des derniers « honnêtes hommes » comme notre vieil Occident fatigué n’en produira plus.

Ceux qui ne le connaissent pas ou peu trouveront l’occasion de se confronter à des analyses aussi originales et contrapuntiques que stimulantes et incisives, loin des sentiers battus idéologiques de la doxa politico-médiatique.

Sans jamais verser dans le manichéisme stérile et paresseux des clercs obscurs qui saturent le débat public, Benoist interroge l’harmonie du monde et le moins que l’on puisse en observer est que celle-ci est clairement rompue. Dans cet univers, le libre-échange régit tous les rapports civilisationnels ; et le vivant, quel qu’il soit, sacrifié par la logique du profit, est en profonde détresse. Remplacer, déconstruire, polluer, circuler : a-t-on seulement encore l’intention de construire quelque chose de durable et vivable ?

Aux hommes de bonne volonté qui désespèrent de cette sombre époque tout en étant animé du désir ardent d’en combattre les folles et suicidaires dérives, ce livre est, sans conteste, dédié.

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3 avril 2022

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Un commentaire

  1. Le problème avec ce genre de personnage , que je lis et dont j’achète la revue , c’est que l’on ne sait pas trop quoi faire ….c’est bien beau de prendre de la hauteur….

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