Editoriaux - Politique - 8 janvier 2019

L’imbroglio de la taxe d’habitation ou l’hypocrisie du gouvernement

S’il fallait trouver une seule raison pour se défier du pouvoir actuel (mais vous avez le choix !), il suffirait de citer la suppression de la taxe d’habitation. Quel imbroglio ! Quel mélange de démagogie, d’imprévoyance et d’hypocrisie !

Promesse de campagne emblématique en faveur du pouvoir d’achat, cette mesure devait concerner 80 % des Français et s’appliquer progressivement (contrairement à la suppression de l’ISF, aux effets immédiats). Le principe d’égalité devant l’impôt ayant été rappelé par le Conseil constitutionnel, notre Président fut contraint d’annoncer que tous les Français en seraient, à terme, dispensés.

Avant que Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, pas plus tard que dimanche, selon l’adage qu’il faut reprendre d’une main ce qu’on donne de l’autre ou qu’il faut déshabiller Pierre pour habiller Paul, n’évoquent la possibilité de son maintien pour les 20 % les plus aisés.

Le ministre de l’Action et des Comptes publics présenta même cet éventuel revirement comme un acte de justice : “S’il y a des gens qui ont de gros revenus et de grosses habitations, peut-être qu’on pourrait imaginer que ce ne serait pas juste de les exclure” du paiement de la taxe d’habitation, indiqua-t-il, sans la moindre arrière-pensée, bien sûr, tandis que Benjamin Griveaux abondait dans ce sens, expliquant que la question était « sur la table ».

Bruno Le Maire, dans un tour de contorsionniste intellectuel dont il a le secret, précisa, dimanche, que cette exemption totale ne faisait pas partie des promesses de campagne d’Emmanuel Macron et n’avait pas encore trouvé de traduction législative. Tout était donc encore possible. Il écarta, en revanche, l’idée de réintroduire l’impôt sur la fortune. Mardi matin, pour bien se faire comprendre, il ajoute qu’il faut que cette suppression « soit aboutie […] mais nous pouvons très bien demander aux Français [s’ils estiment] que pour les 20 % les plus riches il est légitime ou non de supprimer la taxe d’habitation ». S’y retrouve qui pourra !

C’est tout juste s’il ne prétend pas ainsi satisfaire aux demandes de justice fiscale et de démocratie participative des gilets jaunes ! On ne sait si c’est dû à l’influence de l’établissement dirigé par les Jésuites, où il fit de brillantes études, mais force est de reconnaître qu’il est doué pour la casuistique. Il est vrai qu’il est bien obligé, lui aussi, de se soumettre aux caprices de son maître. On lui a rappelé qu’« il est toujours utile que des ministres participent au débat », qu’il y « a contribué » mais que « celui-ci n’est pas clos ».

La taxe d’habitation est peut-être un impôt injuste. Si c’est le cas, il faut d’abord le démontrer et le remettre sur le chantier. Mais annoncer sa suppression pour tous, puis revenir sur cette décision, avant de conclure qu’on attend la fin du « grand débat » pour se prononcer, cela fait pour le moins désordre et improvisation. Le gouvernement redouterait-il de prendre la responsabilité d’avouer que ce sont les classes moyennes « supérieures », les couples qui gagnent ensemble plus de 4.000 euros, qui seraient spoliées ? Ne parlons pas des familles nombreuses, qui dépassent tous les seuils pour avoir droit à des aides et subissent la désindexation des allocations familiales et la diminution du quotient familial.

Quand on apprend, en plus, ce mardi matin, que Chantal Jouanno, la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), qui est chargée de l’organisation du « grand débat national », touche un salaire de 14.666 euros bruts mensuels, on peut comprendre que de plus en plus de Français considèrent qu’il existe, au sein de la République, une caste de privilégiés. On croyait les privilèges abolis : on se trompait ! Mais tout se passe comme s’ils n’existaient que quand on les découvre.

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