Jean Yves Le Gallou : “Le conflit entre opinion française et médias est monté d’un cran depuis la crise des gilets jaunes !”

Pour Jean-Yves Le Gallou, la méfiance de l’opinion publique envers les médias n’est pas un phénomène nouveau. Mais la multiplication des hostilités envers les journalistes lors des manifestations des gilets jaunes a conduit BFM TV à boycotter les événements gilets jaunes. L’essayiste commente cette réaction au micro de Boulevard Voltaire.


BFM TV a décrété que ses journalistes ne couvriront plus le mouvement des gilets jaunes. En effet, les journalistes de BFM TV ont subi une agression pendant la manifestation des gilets jaunes à Rouen. Ce scénario vous surprend-il ?

Non, il ne me surprend pas. Un conflit couvait depuis longtemps entre l’opinion française et les médias. Les médias dominants ne représentent que 25 % de l’opinion. Les 75 % restant sont bannis ou diabolisés.
C’est un conflit ancien. On voyait monter une certaine méfiance vis-à-vis des médias. Avec l’affaire des gilets jaunes, ce conflit a pris un cran de plus. Les gilets jaunes ont osé réagir à l’attitude des médias et les ont mis en cause. Ils sont allés manifester devant BFM, France télévision et Le Parisien qu’ils considèrent comme partiaux.
Évidemment, les médias n’y sont pas habitués. Ils ne savent d’ailleurs pas trop comment réagir. D’un certain point de vue, ils vivent en termes de visibilité. Ils ne peuvent donc pas aller trop loin et sont obligés d’en parler. Mais ils peuvent en parler en mal. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait jusqu’ici.

Cette crise de confiance entre la population et les médias vient-elle du système d’information en continu ?

Non, je crois vraiment que la méfiance vis-à-vis des médias est totalement indépendante du flux d’information. Et ce n’est pas nouveau. En 1968, les gens qui défendaient le pouvoir en place critiquaient les radios périphériques qui rendaient compte de manière favorable des événements du Quartier latin.
Aujourd’hui, certains critiquent les médias en continu, parce que ces derniers montrent les images des manifestants assorties de commentaires défavorables.
L’ambiguïté de l’affaire réside dans le fait que BFM à la fois montre beaucoup d’images, ce qui sert les gilets jaunes, reste en même temps dans une logique de dénigrement et d’amalgame.


Ces manifestations des gilets jaunes interviennent au moment du débat et de l’adoption des lois anti fake news. Selon vous, ces manifestations des gilets jaunes vont-elles aller dans le sens de ceux qui voudraient légiférer sur les fakes news ou, au contraire, vont-elles dans le sens des opposants ?

Le gouvernement a déjà légiféré sur les fake news. D’ailleurs, les principaux ministres pourraient être condamnés par la loi qu’ils ont fait voter.
Ils ont eux-mêmes propagé un certain nombre de fausses nouvelles. Par exemple, dans l’affaire de l’incendie d’une voiture devant le journal Le Parisien qui n’avait rien à voir avec les gilets jaunes. Cela a été mis sur le dos des gilets jaunes par le ministre de l’Intérieur et par un certain nombre de médias.
Je crois effectivement que la tendance du pouvoir va être de renforcer la répression policière et de durcir la police de la pensée. La tentation totalitaire du pouvoir est aujourd’hui extrêmement forte.

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