Présent à Beyrouth lors de la catastrophe du 4 août, j’ai évidemment d’abord pensé à un attentat ou à un bombardement aérien. En effet, il y en a tellement eu au et j’en ai tellement vécu pendant la guerre. Mais l’onde de choc (semblable à un tremblement de terre) que j’ai ressentie à 40 km de l’explosion m’a paru suspecte par rapport aux « standards » habituels des explosions au pays des Cèdres. Les heures qui ont suivi m’ont permis de comprendre le rôle-clé et l’originalité macabre, si l’on peut dire, du nitrate d’ammonium dans ce nouveau drame.

La responsabilité du et de sa honteuse « couverture chrétienne », le piteux général Aoun, est ainsi clairement établie. En effet, on ne sait pas encore si l’explosion finale est le fait d’un accident ou la conséquence d’un acte volontaire. Mais, de toute façon, ce n’est pas là l’essentiel car ce qui est fondamental, c’est que l’on peut prouver désormais de façon indiscutable que le est une organisation qui pratique le terrorisme à grande échelle.

Notons que le hangar 12 (et tout le port de Beyrouth !) est sous la tutelle directe de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, et que ce même nitrate d’ammonium a été identifié dans plusieurs pays comme étant utilisé à des fins terroristes.

Le Hezbollah, dans le sillage de la République islamique d’Iran, est non seulement l’artisan essentiel de l’élimination politique – quand elle n’est pas physique (cf. le journaliste Gébrane Tuéni, les députés chrétiens Antoine Ghanem et Pierre Gemayel, etc.) – des chrétiens au Liban, mais celui-ci et Téhéran n’ont jamais été un rempart contre l’intégrisme et le terrorisme sunnites.

Bien au contraire, le régime des ayatollahs n’a jamais cessé de soutenir les factions sunnites les plus extrémistes et les plus dangereuses : le Hamas en Palestine, les talibans en Afghanistan, les Frères musulmans de Morsi en Égypte et, tout récemment, le régime des Frères musulmans de Tripoli, en Libye, qui a été promu exclusivement jusqu’ici par la Turquie d’Erdoğan ! Rien de plus normal lorsque l’on sait que l’intégrisme chiite moderne est né organiquement de l’idéologie sunnite des Frères musulmans…

C’est pourquoi la démission du Premier ministre libanais sunnite Hassan Diab et de son gouvernement, qui sont finalement les moins importants dans l’échelle des responsabilités directes de la corruption endémique, l’incompétence technique crasse de l’administration libanaise et le noyautage complet des institutions au profit d’une seule et même clique depuis trente ans, est absolument insuffisante. Il faut la démission de Nabih Berri, président chiite du Parlement et allié stratégique du « parti-milice » Hezbollah de Hassan Nasrallah et, bien sûr, de Michel Aoun, le fossoyeur du Liban depuis toujours.

Ensuite, il faut des élections législatives anticipées et, dans la foulée, l’élection d’un nouveau président de la République. Par ailleurs, si le Liban veut vraiment sortir de l’enfermement et de l’idéologie de mort du Hezbollah, la pression populaire contre le régime doit également s’accentuer, se renforcer et s’organiser. De nouvelles têtes crédibles de la société civile doivent apparaître et, une fois structuré, ce mouvement anti-régime pourra compter sur les seuls courants politiques souverainistes qui s’opposent sans discontinuer et avec force aux partis libanais « collabos » au pouvoir depuis trente ans (qu’ils soient, hier, pro-palestiniens, puis pro-syriens et, aujourd’hui, pro-iraniens), je veux parler des héritiers indiscutables de la résistance patriotique de Bachir Gemayel, à savoir les Forces libanaises de Samir Geagea et le parti Kataëb de Sami et Nadim Gemayel.

Cependant, parallèlement, cette nouvelle « révolution » souverainiste aura besoin du concours des grandes puissances internationales telles que les États-Unis, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Égypte et la Russie. En fait, toutes les nations qui soutiennent actuellement le maréchal Haftar en Libye contre le gouvernement des Frères musulmans de Tripoli (encore une fois soutenu uniquement, précisons-le, par la Turquie et l’Iran) doivent se retrouver à la table des négociations avec le Liban pour faire plier le Hezbollah et en finir avec la dictature « noire ».

Malgré l’ampleur de la catastrophe économique et sécuritaire au Liban, paradoxalement, j’ai confiance dans l’avenir. En effet à chaque voyage à Beyrouth, ce sont pour moi des retrouvailles émouvantes et toujours constructives avec l’ensemble des acteurs de la résistance chrétienne historique, fer de lance du souverainisme au pays des Cèdres, et ce, bien souvent, dans un contexte exceptionnel et tragique.

Ce fut le cas, cette fois-ci encore : depuis les obsèques de Jocelyne Khoueiry, combattante chrétienne emblématique de la première heure, jusqu’à la démission des députés Kataëb Nadim et Sami Gemayel en signe de solidarité avec la révolution populaire anti-régime (sachant que le gros bataillon des députés Forces libanaises souhaitent faire de même mais à condition d’entraîner avec eux le bloc des sunnites de Saad Hariri de façon à obliger à de nouvelles élections générales) en passant, bien évidemment, par le « séisme » du 4 août… Or, en les rencontrant, j’ai pu constater indiscutablement, et de visu, la fidélité, l’intelligence et la détermination des leaders de la résistance libanaise de toujours, celle qui justement viendra rejoindre et renforcer le grand mouvement de révolte populaire qui s’est fait jour depuis l’année dernière, un certain 17 octobre 2019.

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