Thibaut de La Tocnaye, combattant volontaire au en 1982, évoque avec émotion le parcours de combattante de à l’occasion de ses obsèques à Beyrouth, quelques jours avant la terrible explosion.

Vous étiez aux obsèques de Jocelyne Khoueiry. Pouvez-vous nous présenter ses combats pour le Liban ?

Jocelyne était sur les combats du Liban en 1975, au début de la guerre du Liban. Elle s’était engagée tout de suite très naturellement. Au tout début, elle a été entraînée par des jeunes Libanais et également par un Français mort sur place, le capitaine Borella.
De novembre 1982 à novembre 1984, j’ai participé au combat des forces libanaises en tant que volontaire français. Il se trouve qu’à cette époque, j’ai rencontré Jocelyne Khoueiry. Lorsque je lui ai parlé de Dominique Borella, elle a eu un grand sourire et m’a dit que c’était lui qui l’avait en partie entraînée et qu’il était mort sur un toit d’un immeuble, alors qu’il combattait avec eux.
Elle a été très courageuse et a eu des faits d’armes assez brillants contre les Palestiniens pendant la « guerre des deux ans ». Par la suite, on lui a demandé de créer une unité féminine. Elle a donc dirigé jusqu’à 500 filles et, à mon époque, elle dirigeait 2.000 combattantes, 1.000 actives et 1.000 réservistes. C’était son époque glorieuse pendant la guerre du Liban.

A-t-elle eu un militantisme non violent ?

En 1981, lorsque je l’ai rencontrée, il y avait encore beaucoup de combats. En 1983, il y a eu le retrait israélien et la bataille de Chouf s’est engagée. Elle était encore là. Moi, j’étais à d’autres endroits dans la montagne et dans les commandos. Elle m’expliquait qu’elle considérait que le rôle des filles était plutôt de ne pas être toujours sur le front, mais un peu à l’arrière pour être davantage en support important. Elle avait une conscience très importante du rôle des filles dans la guerre. Elle recherchait à les retirer du front peu à peu pour les mettre plutôt aux transmissions, à l’assistance médicale et sur la partie spirituelle.
Je voyais déjà qu’elle commençait à intérioriser son combat.
Effectivement, dès 1986, elle s’est retirée après plus de onze ans de guerre. Elle a créé des associations humanitaires et s’est surtout occupée des femmes libanaises défavorisées avec, toujours, un aspect humanitaire, même si l’aspect spirituel était très important.
Par la suite, elle est devenue presque mystique. Elle a créé l’institut Jean-Paul-II au Liban. Elle avait, d’ailleurs, rencontré Jean-Paul II. Cette personne a eu un parcours assez complet et assez original, d’une certaine manière.

Quels types de personnes sont venus à cette cérémonie ?

Toutes les télévisions ont parlé de ses obsèques. Effectivement, c’était le parti Kataëb et la milice Kataëb des Gemayel. Elle est restée fidèle à eux ainsi qu’aux forces libanaises. J’ai retrouvé une quantité de camarades. Le président, Amine Gemayel était présent. Quelques ministres ont été envoyés par la présidence ainsi que des députés. J’ai surtout retrouvé d’anciens camarades. J’ai été agréablement surpris de voir que c’était des camarades de ma propre unité qui portaient le cercueil. C’était évidemment très émouvant, surtout pour le personnage hors du commun qu’elle était.

À lire aussi

Liban : en finir avec la dictature « noire » du Hezbollah

Malgré l’ampleur de la catastrophe économique et sécuritaire au Liban, paradoxalement, j’a…