Plus de train, plus de métro, plus d’avion, bientôt plus de pain peut-être, mais nous avons des jeux. Depuis l’Antiquité, tout pouvoir sait cela : si le peuple renâcle, offrez-lui des jeux. Alors voilà, nous y sommes : Euro, flonflons, pochetrons, gnons et réjouissances à gogo dans les “fans zoos”, là où l’on parque les bêtes…

À propos de flonflons, c’était jeudi soir l’ouverture en fanfare. Un concert au pied de la tour Eiffel, avec le starissime David Guetta, “un grand artiste français”, qui “nous représente magnifiquement à travers le monde et on doit lui en être reconnaissant”, a dit notre nouveau ministre de la Culture, madame Azoulay, interrogée sur France 2.

Il fallait déjà être reconnaissant à Zlatan Ibrahimović pour avoir fait connaître la France au monde. Maintenant, il faudra aussi trouver une place au Panthéon pour David Guetta.

Il faut dire que ces deux-là rivalisent dans la mégalomanie. Il n’est que de voir la promo de Guetta sur les réseaux sociaux pour s’en faire une idée : pour le concert du 9 juin, sur un fond de ciel enflammé, l’image d’un Christ aux cheveux gras surplombant la tour Eiffel. Le top du top dans le bon goût subliminal.

Si Mme Azoulay défend son idole qu’elle élève au rang de “compositeur” (!), c’est parce que des esprits chagrins déplorent qu’on ait :

1) Choisi Guetta pour « composer » l’hymne de cet ;
2) Que l’hymne en question soit en anglais.

À quoi Mme Azoulay fait cette magnifique réponse : “On est dans une compétition internationale, européenne, qui se déroule en France sous les yeux du monde.” Donc, on oublie la France et le français. Logique.

Pour Mme Azoulay, “défenseure” de l’exception culturelle française, David Guetta n’a que des qualités. Pensez, ce “génie du son électronique qui ne sait ni chanter, ni danser, ni même jouer d’un instrument”, comme écrit Le Huffington Post, est l’artiste français le plus connu dans le monde. Depuis son premier album sorti en 2002, il en a vendu 40 millions. Tout ça en jouant des coudes sur des platines. 37 millions de dollars de recettes en 2015. La finance a beau être l’ennemie de la gauche, Azoulay a, pour Guetta, les yeux de Chimène. C’est un intermittent comme elle les aime.

Hélas, cette histoire d’amour entre le ministre et le DJ a fait une victime collatérale. C’est ce pauvre Alain Juppé, un homme d’une autre époque. Qui peut-être ne connaît pas David Guetta et, inquiet de cette histoire d’hymne en anglais, a cru qu’on allait chanter “La Marseillaise” dans la langue de Shakespeare. Alors, avec ses petits pouces, il a tweeté son indignation.
En prenant son café :

““La Marseillaise” se chante en français ! Imagine-t-on les Anglais chanter le “God Save the Queen” en français ? Ne pas accepter l’inacceptable.”

Puis, après s’être brossé les dents :

“Est-il vraiment envisagé pour l’Euro 2016 de chanter “La Marseillaise” en anglais ? Une mise au point s’impose !”

Une heure plus tard, un brave ayant effectué la mise au point du logiciel juppéen, il s’y recolle :

“Soutenir les Bleus à l’Euro, c’est chanter “La Marseillaise”, brandir le drapeau tricolore. La chanson officielle aurait pu être en français.”

Gentiment, un conseil, Alain : laisse tomber Twitter, ce n’est pas de ton âge. Les cheveux bleus et les crânes lisses ne se trémoussent pas sur du David Guetta, c’est trop risqué pour le col du fémur.

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