La Fontaine en avait fait une fable. Homme des villes et homme des champs sont bien différents. Leur mode de vie l’est aussi. La crise sanitaire est une énième occasion de constater les multiples fractures entre deux mondes : l’ancien, rural, et le nouveau, urbain.

Certes, la crise est la même partout. Contrairement à l’homme des zones de non-droit, l’homme des villes et l’homme des champs subissent les mêmes contraintes. Mais si le premier, dans son environnement ultra-connecté et entraîné par l’alarmisme vendeur des médias, panique devant le terrible danger viral, le second conserve son recul et son fameux bon sens campagnard.

Le rural est le plus chanceux. Ayant courageusement renoncé au confort d’une vie de consommateur ancrée à proximité des temples du capitalisme, il a préféré conserver son ancrage ancestral, sur la terre qui l’a vu grandir et qu’il a découverte au fil des années, apprenant à l’apprécier, à la cultiver et à la respecter. Contre le déracinement, il a accepté l’isolement. Bien lui en a pris. Aujourd’hui où la situation est bouleversée, où chacun doit rester chez soi, sa vie n’a pas vraiment changé. Son compère des villes, enfermé dans son petit appartement-dortoir, se trouve empêché d’assouvir sa frénétique pulsion consommatrice et de se complaire dans son rythme de vie effréné de « busy man », comme il se qualifie d’un air fier. Le campagnard, lui, est insensible aux douleurs du confinement. Il continue à aller au champ, à tondre sa pelouse, couper son bois et planter ses légumes. Le confinement simplifie ses rares sorties « à la ville » où acheter les quelques produits échappant à sa quasi-autarcie n’a jamais été aussi rapide et simple.

La pression médiatique ne l’atteint pas non plus. Smartphone, ordinateur et écran 4K n’ont pas encore envahi son salon, resté un lieu de vie convivial et chaleureux. Cela lui évite les interminables bulletins d’actualités répétitifs. Il est à cent lieues (dans tous les sens du terme) du citadin scotché aux chaînes des médias mainstream depuis qu’il a terminé de visionner le bouquet Netflix. Depuis le début du confinement, il a largement eu le temps, dans son vieux fauteuil usé par le temps, de réfléchir à la gravité réelle de la crise. De repenser à la grippe de Hong Kong, et son million de morts, de songer à la catastrophe économique et sociale que préparent des mesures sanitaires sans précédent. L’homme des villes, captivé par le petit écran, n’a pas ce temps pour réfléchir, n’a pas assez de place pour prendre du recul.

L’homme des champs passera cette crise. Il n’est pas survivaliste, mais il a gardé une distance protectrice avec la fragile société moderne. L’homme des villes, lui, risque fort de subir les effets de la crise du coronavirus bien après le 11 mai, date qu’il attend avec une impatience désespérée.

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