Comme il est peu probable que et Anne Coffinier se soient concertés, force est de conclure à la coïncidence. Mais le ministre de l’Éducation, dont la volonté de « relancer la lutte contre les stéréotypes de genre » (sic) a fuité dans les médias le jour de la conférence de presse de Créer son école, a offert une très belle toile de fond à l'association : est-ce vraiment ce qu’attendent les parents d’une Éducation nationale qui ressemble à un champ de ruines ?

Les écoles indépendantes dites « hors contrat », ne sont pas un sujet franco-français. Elles sont en plein essor partout dans le monde (ouvertures multipliées par dix en dix ans). Les motivations, exposées par Anne Coffinier, présidente de Créer son école, sont nombreuses : les confinements, qui ont conduit les parents à s’intéresser au contenu, l’envie de bilinguisme, de pédagogies différentes - expérimentées à l’étranger ou plus en lien avec la nature -, et surtout, en France, « la dégradation vécue comme irrémédiable, à court ou moyen terme, de l’Éducation nationale, la saturation ou la banalisation des écoles privées sous contrat ».

Mais la spécificité française, selon Créer son école, est aussi la grande hostilité du aux formes d’instruction alternatives à l’Éducation nationale (y compris, d'ailleurs, le privé sous contrat, dont elle s’efforce de contenir la croissance. En la vidant de sa substance propre).

Cette année ouvrent 121 écoles indépendantes - beaucoup de maternelles et d'écoles rurales, liées à la restriction de l'instruction à la maison -, qui viennent s'ajouter aux 1.700 autres préexistantes.

On sait que les parents sont prêts à soulever des montagnes pour leurs enfants. Et c’est bien à un Himalaya de tracasseries administratives que doivent faire face ceux qui entreprennent de tenter l’aventure. Spécialement lorsqu’elles sont catholiques, explique Anne Coffinier. Car en plus de se heurter au rectorat, elles doivent aussi compter avec l’animosité du diocèse et des écoles catholiques sous contrat qui y voient une concurrence, sans qu’aucune de ces braves institutions ne se donne la peine de s’interroger… Est-ce simplement par masochisme, par envie de faire bisquer le rectorat que des parents s’enquiquinent et se ruinent ? Ou se sacrifient-ils pour l’intérêt supérieur de leurs enfants, pour qu’ils puissent retrouver, en toute quiétude, l’esprit de « l’école de Jules Ferry, avec ses dictées quotidiennes, ses exercices de grammaire et ses leçons à apprendre par cœur », bref, cette « pédagogie classique », imparfaite, sans doute, mais qui a fait ses preuves - qui les fait encore en creux, puisque son abandon se solde par un échec cuisant : il aurait suffi de l'amender pour l'améliorer. C’est d’ailleurs ce que tendent à faire spontanément les écoles indépendantes, qui insufflent dans leurs méthodes - parce qu’elles sont heureusement, aussi, de leur époque - bienveillance et psychologie, mais en veillant à ne pas les dévoyer contre l'autorité et la rigueur. On notera (pirouette de l’histoire) que le modèle « hussards noirs de la république » a trouvé refuge dans les écoles… catholiques.

Pourquoi cet état des lieux des écoles indépendantes doit-il attirer notre attention ? Parce que leur situation est fragile, voire périlleuse. Ces parents ne demandent rien, acceptent même de payer sans moufter une deuxième fois une école qu’ils financent déjà par leurs impôts. En mettant leurs enfants « ailleurs » , ils contribuent même à délester les classes et, par voie de conséquence, sont une partie de solution à la pénurie de professeurs. Mais les bâtons dans les roues se multiplient. La réforme Blanquer du bac tend à asphyxier les lycées indépendants. Il force ces élèves à passer plus d’une dizaine d’épreuves en plus. En juin dernier, ces candidats n’ont bénéficié d’aucun accueil, certains ont même trouvé grilles closes au centre d’examen où ils avaient été convoqués, et c’est par un trou dans le grillage d’un hôtel Ibis voisin qu’ils ont réussi à entrer… rapporte, ironique et amère, Anne Coffinier.

Par ailleurs, s’il y a consensus politique sur le constat d’une école en déshérence, la menace du « séparatisme » est commode à agiter pour étouffer toute initiative de faire « autrement ». Le chiffon islamiste a bon dos. Anne Coffinier rappelle que les établissements sous influence des Frères musulmans qui ont fait parler d’eux jusqu’à présent - comme Averroès, à Lille - étaient… sous contrat.

Qu’importe. Un article du Parisien, en septembre 2020, rapportait que « de peur d'être accusé de stigmatiser une religion, Emmanuel [voulait] élargir [le séparatisme] à d'autres domaines », qu’à l’Élysée, on préférait mettre le mot au pluriel, parler « des séparatismes » et qu’en la matière, « on [citait] les dérives de ces établissements scolaires catholiques qui nient le pacte républicain ». De là à dire qu'« indépendant » et « séparé » sont synonymes, il n'y a pas loin.

Il est pourtant important que ces écoles perdurent. Car elles sont la preuve qu’un autre modèle d'école, en 2022, est possible. Et en cette période de rentrée si morose, parents et enfants ont besoin d’espérance.

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11 septembre 2022

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12 commentaires

  1. Tous ces élus qui mettent leurs enfants dans de bonnes écoles privées sont bien mal placés pour nous dicter notre conduite .Quand à nos enfants bien instruits dans de bonnes écoles privées décrocheront un emploi pour leur mérite et non pas un bon petit poste de planqué bien rémunéré offert par papa qui a du pouvoir .

  2. Nous sommes dans un système communiste : pas de place à l’initiative ni à l’individualisme.
    Tous égaux dans le formatage.
    Enfin, presque tous.
    Seule une caste bénéficiera de cours d’orthographe de rattrapage ou aura les moyens d’entrer dans des écoles prestigieues comme les enfants de ce nouveau ministre de « l’éducation ».
    Seule une caste aura droit au vrai savoir dénué de wokisme et d’idéologie bas de plafond.

  3. Les multiples obstacles à l’ouverture des écoles libres, à leurs élèves, la loi sur le séparatisme, les multiples refus non justifiés pour l’enseignement à domicile…n’ont qu’un seul but : décourager pour mieux formater dans l’idéologie gouvernementale dispensée à l’éducation nationale et qui contamine peu à peu les écoles sous contrat

  4. Je ne sais pas si c’est vrai mais j’ai lu, quelque part, que dans les statuts de l’UE, il est écrit que seuls 10% de la population peut faire des études. Le reste , comme aux States, baigne dans l’ignorance !… Je crois bien désormais, que oui, dans cette médiocrité aussi, on a rejoint notre suzerain… Donc, bien d’accord avec Gabrielle Cluzel, c’est aux parents, plus que jamais, de réagir, au moins pour ceux pour qui c’est pas trop tard !…

  5. La solution pour l’humble français que je suis est un crève cœur.
    En plus d’avoir mis mon enfant dans le privé catholique (sous contrat faute de moyens), je donne du travail supplémentaire à la maison.
    C’est la seule solution pour que nos enfants soient au niveau international car l’école n’est plus au niveau.

  6. Les hommes et les femmes sont égaux en droits, mais pas en capacités, et aucune n’est supérieure à une autre, ils sont complémentaires. la rage de l’égalité s’est muée en égalitarisme, le droit à la différence s’est mis à nier les différences. J’ai enseigné 35 ans dans le public, à la retraite anticipée pour burn-out (et incompatibilité politique, je suis aussi membre de Reconquête!), ma fin de carrière a été un cauchemar. J’ai la fierté d’avoir réussi à préserver mes deux enfants de ce désastre, malgré leur scolarité dans le public.

  7. Le plus terrifiant dans tout cela, c’est de constater l’atonie de la société. Le citoyen tourne la tête pour ne pas voir la bouillie idéologique dont on nourrit leurs enfants. Pour ne pas apparaître trop radicaux, ils essayent de se convaincre que tout cela n’est pas grave et se laissent porter par les idées de tolérance qui les conduit à tout accepter, même que les idéologues prennent leur place dans l’éducation de leurs enfants. Le wokisme est une maladie de l’esprit qui affaiblira encore un peu plus le monde occidental.

  8. Dans bien des pays, même peu chrétiens comme l’Indonésie, la présence de l’Eglise est enracinée dans le système éducatif, et la France, dans laquelle elle assure la formation des enfants de couches favorisées, n’est pas une exception. C’est un créneau qu’elle ne doit perdre, car elle y joue sa survie. Alors, cette animosité de certains diocèses dont vous parlez dans l’article vis à vis de nouveaux établissements, est bien une nouvelle preuve des tendances parfois suicidaires de l’Eglise de France.

  9. Qu’il est loin le temps où l’école publique avait à coeur d’enseigner les fondamentaux ( lire , écrire , compter) , aujourd’hui on se préoccuper de savoir si des gamins vont se poser la question suivante : » je suis une fille ou un garçon ? »
    Profs , plus respectés ? La faute à qui ? Aux enseignants eux même, qui ont voulu faire copain-copain avec les élèves . L’autorité , étant un concept ringard. Pourtant pendant des années l’école publique a formé de bons élèves, qui sont devenus de bons citoyens . Puis 1968 est passé par là , et depuis c’est la descente aux abimes . C’est pas avec des types comme Pap Ndiaye que ça risque de changer. Enfin , les Français on voté Macron , donc faut pas venir pleurer. Que ceux qui le peuvent mettent leurs gamins dans le privé , ils auront une chance de s’en sortir …..

    1. Je suis entièrement d’accord avec vous ! Je suppose que tous ces politiques, (écolos, LFI compris…) journalistes, show-biz etc mettent leurs enfants dans des écoles privées ! Ils me dégoûtent tous !

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