Après soixante dix ans de règne marqués par le sens du devoir, du service, de la décence et de la discrétion, mais aussi de la manifestation de la majesté royale, Sa Majesté la reine Élisabeth II a quitté ce monde pour rejoindre l’éternité. Le 21 avril 1947, la jeune princesse de 21 ans, à l’occasion de sa majorité, avait prononcé un discours au Cap dont une phrase semble avoir été le guide de son règne : « Je déclare devant vous que ma vie entière, qu’elle soit longue ou courte, sera consacrée à votre service. »

La reine s’en va mais la couronne demeure. Aussitôt annoncée la mort de la reine, le prince de Galles fut proclamé roi sous le nom de Charles III. C’est le signe tangible de la continuité dynastique mais aussi de la permanence de la nation. Les légistes de l’ancienne France avait développé la théorie des deux corps du roi. Si le corps physique du roi était mortel, le corps mystique du roi, lui, n’était pas mortel car il était le royaume qui perdurait et qui s’incarnait dans le nouveau souverain : « Le roi est mort, vive le roi ! » Ce que signifiait le comte de Chambord lorsqu’il affirmait : « Ma personne n’est rien, mon principe est tout. »

Ainsi ce caractère intemporel de la souveraineté confère-t-il au monarque cette étrange fascination, ce rayonnement mystérieux dont jamais un président de la République ne sera porteur. C’est ce que Jean Jaurès appelait « le charme séculaire de la monarchie ». À la vérité, l’on peut s’interroger sur le fait de savoir si l’engouement de beaucoup pour la couronne britannique n’est pas, plus qu’une tendresse pour une institution surannée, la reconnaissance qu’il y a là une institution supérieure fruit d’une sagesse séculaire.

Car en effet, le souverain se situe dans un ordre différent du politicien qui s’agite pour accéder au pouvoir puis pour y demeurer. Il est incarnation de la nation, à travers le temps et à travers les aléas. Il manifeste une forme de transcendance du pouvoir qui est d’abord un service et l’accomplissement du devoir. Le contraire d’une sinécure. Il existe encore de nombreux royaumes en ce monde, et pourtant, la monarchie britannique semble fasciner plus que d’autres. Certes, elle a conservé un décorum, des traditions immuables et un faste certain mais surtout, et ce n’est que peu souligné, le souverain britannique est sacré. Au jour du sacre, il est oint comme l’étaient nos rois. L’aura de la monarchie britannique tient sans doute à ce caractère sacré dans un monde désenchanté.

Notre époque, souvent vulgaire, bruyante, prompte aux débordements d’émotions, où sans cesse sont revendiqués les droits sans que soient évoqués les devoirs qui en sont la contrepartie, et où est proclamée la négation de la transcendance, admirait la défunte souveraine qui, pourtant, était l’incarnation du contraire : la classe et la distinction, la discrétion et la retenue, la maîtrise des émotions, l’accomplissement du devoir - ce duty qu’elle évoquait souvent -, une foi profonde et une piété réelle. Comme si notre époque recherchait inconsciemment ce qui lui fait défaut.

On a souvent dit et écrit que le général de Gaulle avait su réconcilier les traditions monarchiques et impériales avec celles du parlementarisme en ce qu’il nommait lui-même « une monarchie républicaine ». Or, force est de constater qu’avec le temps, la Ve république semble plutôt cumuler les inconvénients de la monarchie et de la république plutôt que d’en conjuguer les avantages ! « Le détestable régime des partis », pour reprendre la phraséologie gaulliste, est revenu en force tandis que le Président a cessé d’être « la clef de voûte des institutions » et l’arbitre du bien commun. Le quinquennat a en effet achevé de le transformer en chef d’une majorité doté de pouvoirs d’autant plus exorbitants qu’il n’y a plus de domaine réservé, c'est-à-dire limité en fait aux aspects régaliens de la fonction, et que le Président se mêle de tout et intervient en tout.

Quoi qu’on dise, le président de la République n’est jamais le Président de tous les Français mais celui d’une partie des Français, un chef de clan, en fin de compte. Seul de Gaulle, en dépit des haines tenaces qu’il avait suscitées, a-t-il pu apparaître comme au-dessus des partis en raison de sa dimension historique. Mais celui-ci parlait de sa légitimité, notion royale, plus que de légalité, notion républicaine. Or, dans les temps troublés et dangereux qui sont les nôtres, nous aurions besoin d’un rassembleur qui sache s’élever au-delà de lui-même, plutôt que d’un être narcissique, autoritaire et diviseur. Il paraît que « les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent », alors soyons fair-play : God save the King!

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11 septembre 2022 à 10:16

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13 commentaires

  1. Ne trouvez-vous pas comique ce soudain amour pour la monarchie et l’Angleterre ? Ce sont les mêmes progressistes qui ont craché leur venin lors du Brexit, vouant cet Etat aux gémonies et à la chute dans un grand trou noir. Quel hypocrisie et quelle bêtise !

  2. Cette occasion du départ de la Reine d’Angleterre et l’arrivée de son successeur est effectivement un bon moment de se poser la question : Et nous en France ou en sommes-nous ? Qui est susceptible de rassembler le peuple comme eux ? Et ne faudrait-il pas que les français aient un jour d’abord une information claire sur ce qu’est la république ( système de gouvernance prête à n’importe quel accord « moderne » pour survivre et la Monarchie système d’union du peuple et du pays et du rappel des valeurs basiques ? Et ensuite passer ce choix par référendum. Je pense que l’on serait surpris du résultat car les classes du travail sont attachées à un signe qui donne de l’espoir et une direction dans le temps long . Nos gouvernants parlent toujours de leur république et rarement de la France . En fait du système qui les favorise mais le reste est vieillot pour ces personnes détachées du réel . Gardons donc confiance mais il faudrait que le prétendant né en Espagne fasse un peu de promotion de l »idée

  3. En France nous avons actuellement une république bananière alors qu’il serait bien de passer par un roi comme Louis XX pour que notre pays renait de ces cendres.

  4. La France a été construite par 1000 ans de royauté, détruite par 230 ans de république franc-maçonnique. La royauté assure la continuité. Avec la république, tout les 5 ans, un nouveau président élu change tout ce que le précédent a fait pour faire pire. L’élection coûte très très cher au pays, créé un pays en permanence en campagne électorale, à peine un président élu, tous les partis ne pensent qu’à se préparer pour l’élection suivante. Combien coûtent au pays les retraites des anciens présidents, pour certains très longtemps (Giscard) avec en plus d’autres avantages (voiture avec chauffeur, garde du corps, secrétariat, etc …), alors qu’en royauté, le roi n’a pas de retraite, il est immédiatement remplacé, c’est pourquoi on dit : « le roi est mort, vive le roi ». En monarchie constitutionnelle comme toutes celles de l’Europe, le roi désigne le premier ministre issu de la majorité aux dernières élections, il veille au respect de la constitution, s’occupe du bien de la population. Quant le pays est en crise, ils veille au respect des institutions, par exemple, il est arrivé que la Belgique soit sans gouvernement pendant plus d’un an, le roi veille à l’exécution des affaires courantes, serait t’il possible que la France soit plus d’un an sans gouvernement. Sachez qui la reine d’Angleterre coûtait pour chaque habitant par an 0,90 euro, alors que du Hollande avec sa cour coûtait à chaque habitant la même année 1,30 euro. Je crois que Macron va battre tous les records. Pour sauver à France, il faut revenir à la monarchie. Le duc d’Anjou descendant de Louis IX (St Louis), de Louis XIV est prêt à assumer ses responsabilités.

  5. À force de vouloir être « beau joueur » (traduit en anglais par « fair play ») avec les anglais (Messieurs les anglais tirez les premiers) on subit le martyr de Jeanne d’Arc, Fachoda, Mers-el-Kébir, etc. avec le sourire (« vous n’aurez pas ma haine ») !
    La Reine d’Angleterre, c’est très bien pour les anglais, pas nécessairement pour les français ! Le sacre de la reine d’Angleterre n’est qu’une pâle imitation du sacre des rois de France (ils n’ont d’ailleurs pas tous été sacrés à Reims) avec la Sainte Ampoule. Une royauté sans pouvoir politique ne ressemble pas à grand’chose et la famille d’Angleterre n’a pas brillé par son exemplarité, même si la Reine a fait preuve de la dignité nécessaire à sa charge dans les difficultés et les scandales qui l’ont entourée. Elle a maintenu tant bien que mal, mais je doute qu’elle ait transmis…! Le Royaume-Uni, comme son suzerain, les États-Unis ne nous apportent rien de bon.
    Vive le Roi (de France) très chrétien !….

  6. La France est morte avec son roi, les républiques venues ensuite ont tenté de faire l’union et de donner un peu de lustre, mais ce sont les rois qui ont fait la France et la continuité de l’héritage a disparu.
    Alors on a les rois des autres et on admire leur sens du devoir et la conscience qu’ils ont de représenter quelque chose.
    Bien davantage que femme ou mère Elizabeth II était reine et c’est parce qu’elle a montré ce que ça signifie qu’elle est autant favorablement reconnue.

  7. Dans ces temps troublés, on a surtout besoin d’un président qui sache écouter ce que veulent les Français dans leur majorité, et non pas un chef de clan qui impose au peuple ce qu’il ne veut pas : immigration non contrôlée, abandon du nucléaire, multiplication des éoliennes hideuses et qui ne servent à rien. Laxisme d’une justice plus prompte à défendre les agresseurs que les victimes, endocrinement de nos enfants avec des théories fumeuses telles que le wokisme ou l’homme enceint, abaissement de la France par une repentance permanente, soumission, encore, et toujours à une Europe suprême nationale qui nous ruine…

  8. Notre République monarchique a été conçue par quelqu’un qui incarnait quelque chose. Aujourd’hui qui peut bien incarner la France éternelle ? Personne. Donc la France est morte tuée par les Français eux-mêmes

  9. Le président se mêle de tout et intervient en tout ? Il gesticule ! Soumis aux allemands, aux verts, à l’Europe, aux États-Unis, à l’Algérie, aux LGBTQ ++++ et plus si affinités !

    1. Si « Europe »,  » États-Unis », « Algérie » ont droit à la capitale initiale, vous auriez aussi pu en gratifier les Allemands…

  10. Les Français ont un candidat, prêt à se mettre au service de la France : Louis XX. Ils l’ignorent ou veulent l’ignorer, comme si celui qui est au bord du précipice détournait les yeux de la main tendu pour le sauver.

  11. Vous n’avez pas tout à fait raison il y a quand même des choses sacré en cette Nouvelle République, les loisirs et la haine envers le travail.

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