Rétention administrative : durcir sans investir, le pari risqué de la loi Rodwell

Claire Geronimi estime qu'il s'agit « d’un coup de communication qui ne servira strictement à rien dans les faits ».
C. Rodwell - Copie écran CNews
C. Rodwell - Copie écran CNews

L’Assemblée nationale a adopté, ce mardi soir, la loi « Rodwell » visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat avec une large majorité, 345 voix pour et 177 contre, LFI s’y opposant, de même que les socialistes et les écologistes. Auparavant nommée loi « Philippine », en hommage à la jeune femme violée tuée en 2024, elle acte, entre autres mesures, l’allongement de la durée maximale d’enfermement en centre de rétention administrative (CRA) à 210 jours pour les étrangers jugés dangereux, contre 90 jours aujourd'hui. Une évolution présentée comme nécessaire pour renforcer l’efficacité des éloignements.

L’Europe accélère, la France s’adapte

Quelques semaines avant ce vote, le Parlement européen a validé le nouveau règlement « retour », qui prévoit une durée maximale de rétention pouvant aller jusqu’à 24 mois, pouvant être prolongée par périodes de six mois.

La France, elle, avance à pas plus mesurés. En 2025, une tentative similaire portée par la loi Retailleau, visant déjà à allonger la durée de rétention, avait été censurée par le Conseil constitutionnel. La loi Rodwell entend précisément contourner cet obstacle en ciblant les profils jugés dangereux et en sécurisant juridiquement le dispositif.

Mais pour Claire Geronimi, vice-présidente de l’UDR et victime d’un viol commis par un individu sous OQTF, le texte reste insuffisant : interrogée par Boulevard Voltaire, elle estime qu’il s’agit « d’un coup de communication qui ne servira strictement à rien dans les faits », faute de moyens concrets pour accompagner cette réforme.

Une rétention prolongée dans un système saturé

Allonger la durée de rétention répond à une difficulté bien identifiée : l’impossibilité d’éloigner certains individus avant la fin du délai légal. Mais cette réforme intervient dans un système déjà sous tension. Avec 1.959 places disponibles, les centres de rétention fonctionnent à saturation. En 2024, 3.624 placements ont été refusés, faute de place. Le taux d’occupation dépasse 90 %, ce qui limite fortement les marges de manœuvre.

Dans ce contexte, prolonger la durée de rétention revient mécaniquement à immobiliser davantage de places sans augmenter les capacités existantes. Un constat partagé par Claire Géronimi, qui alerte : « On peut faire toutes les lois qu’on veut. Derrière, on se heurte toujours au mur budgétaire. » Elle souligne également que l’enjeu est ailleurs, estimant que « ce n’est pas en allongeant la durée que l’on obtiendra plus rapidement les laissez-passer consulaires », appelant à « améliorer les relations avec les pays d’origine » pour rendre les éloignements réellement effectifs.

602 euros par jour : le coût réel des CRA

Derrière la réponse sécuritaire, la question budgétaire s’impose. Selon un rapport du Sénat en 2025, le coût moyen d’un retenu s’élève à 602 euros par jour. Une somme qui agrège l’ensemble des dépenses liées à la rétention : encadrement policier, hébergement, accompagnement juridique et sanitaire. Au total, le coût direct annuel de la rétention administrative atteint 265 millions d’euros, dont 64,9 millions pour la seule mission « Immigration, asile et intégration » en 2024.

Pour Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, interrogé par BV, cette dépense doit être analysée globalement : « La rétention est une dépense qui en évite d’autres », notamment en matière de sécurité et de coûts sociaux. Il rappelle également « qu’on ne parvient aujourd’hui à éloigner qu’environ 40 % des clandestins placés en rétention », preuve des limites actuelles du dispositif.

15.000 places : une facture à plusieurs milliards

Mais le véritable enjeu reste structurel. Pour rendre la politique d’éloignement réellement efficace, Nicolas Pouvreau-Monti et l’Observatoire de l’immigration et de la démographie estiment « qu’il faudrait au moins 15.000 places en CRA pour assurer réellement l’éloignement des profils à risque », très loin des capacités actuelles.

Un objectif qui change radicalement d’échelle : atteindre ce niveau nécessiterait environ 4 milliards d’euros d’investissement, selon l'OID. À titre de comparaison, l’objectif gouvernemental actuel (3.000 places d’ici 2029) représenterait déjà un effort de 300 millions d’euros, avec 35 millions de coûts de fonctionnement supplémentaires chaque année, selon le rapport du Sénat.

Une équation politique et budgétaire

Avec la loi Rodwell, le Parlement fait le choix d’un durcissement ciblé, en phase avec les évolutions européennes et rendu nécessaire par des crimes répétitifs. Mais ce choix met en lumière une tension persistante : renforcer la rétention sans adapter les moyens.

Allonger les durées sans augmenter les capacités, c’est prendre le risque de saturer davantage un système déjà sous pression. Augmenter les capacités, c’est ouvrir un chantier budgétaire de grande ampleur. Au fond, la question n’est plus seulement juridique ou sécuritaire. Elle est budgétaire. Et elle conditionnera, à elle seule, l’efficacité réelle de la loi votée ce mardi.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Mais qui peut porter crédit à ce fantoche de Roswell, a part Ferrari qui l’invite tous les  » quatre matin » sur cnews et Europe 1. Ce type , avec son air suffisant, ne reflète pas vraiment la sincérité. Un Européiste, ultra libérale… Un soumis comme ses amis du centre mou.

  2. Commençons par faire barrage aux clandestins. Plus aucune aide!… Nous sommes un pays trop attractif! On déshabille les Français pour habiller les étrangers clandestins. STOP. F R E X I T…

  3. Et si les choses étaient prise dans l’ordre, les expulser, c’est bien, mais ne pas les laisser rentrer éviterait de perdre son temps avec des parlottes totalement inutiles. Il y a bien d’autres débats plus urgents qui mériteraient d’être traités dans l’urgence.

  4. Deux choses urgentes : négocier et obtenir des pays de départ qu’ils reprennent leurs ressortissants et accélerer les procédures d’expulsion. Maintenir plus longtemps des indésirables en CRA et les libérer à la fin ne changera rien.

    • Mais les lois sont faites pour ne pas être respectées et faire semblant que l’on fait quelque-chose.

  5. Demi-mesure : la spécialité française. Les criminels et terroristes étrangers devenus OQTF par leurs actes et dont leur pays ne veut pas les voir revenir doivent être incarcérés dans des lieux spécifiques dédiés à ces indésirables jusqu’à ce que leur pays les reprenne et il faut envisager une réduction drastique des visas accordés aux ressortissants de ce pays, ni aucune aide de quelque nature que ce soit, ni aucun transfert de fonds depuis la France. Sinon nous ne serons jamais pris au sérieux.

  6. Qu’est-ce qu’on attend pour supprimer enfin le Conseil Constitutionnel ?
    Son opposition à la démocratie est flagrante. A ce titre, il est manifestement… anticonstitutionnel !

    • Retour au pays pour ceux qui sont encore en France et fermeture des frontières. Visa obligatoire pour entrer en France. Visa : les Anglais le font maintenant. Mais eux, sont sortis de la prison UE. F R E X I T.

  7. Remettre le délit d’aide aux clandestins.
    Ouvrir des prisons en Guyane et y transférer ces oqtf .
    Les maintenir tant que leurs pays ne les récupèrent pas .
    Quand a ce député, renaissance.
    C’est un clown . Il dit lutter contre l’immigration illégal , mais oublie l’immigration légale.
    Alors que son groupe de députés renew a Bruxelles a voté avec les socialistes et la gauche contre les mesures votées par le PPE Bellamy et reconquête , RN au parlement européen

    • Cette girouette « renaissance » … puis « horizon » fait tous les plateaux sans que jamais personne ne vienne lui faire fermer son vomitif ! …
      Il est devenu « imbuvable » depuis bien longtemps …

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