Depuis que l’Amérique a décidé d’offrir l’Afghanistan aux islamistes, beaucoup s’interrogent sur la finalité de ce qui restera comme une faute morale et une étrangeté géopolitique.

Certains mettent en avant l’impossibilité de gagner cette guerre, son coût exorbitant, la corruption des dirigeants politiques afghans choisis par les Américains, la lassitude après vingt ans de présence sans progrès notable ou le renoncement aux chimères de démocratie imposée à des pays qui n’en veulent pas.

Tout cela est plus ou moins vrai mais ne doit pas masquer les deux raisons essentielles qui relèvent de la politique intérieure américaine et de renversement de la stratégie géopolitique de la Maison-Blanche.

L’opinion publique américaine est lassée des interventions extérieures multiples, coûteuses et calamiteuses qui ont dominé la politique américaine des dernières décennies : l’Irak, la Syrie, les Balkans, la Libye et, bien sûr, l’Afghanistan ont reçu des tapis de bombes pour des raisons affichées généralement mensongères. Elles tiennent en deux points brandis comme des étendards : lutter contre le terrorisme et/ou renverser un dictateur « qui tue son propre peuple », selon la subtile formule reprise en boucle par des médias aux ordres.

Ce système ne fonctionne plus car le peuple américain a constaté qu’on lui avait menti, comme pour l’ et le Kosovo, et que cela avait engendré l’anarchie dans le pays choisi (Irak et Libye).

La crise financière de 2008 a accompagné cette remise en cause. Des millions de ménages américains ont été ruinés et leurs maisons saisies. Ce fut un traumatisme qu’on ne mesure pas assez en Europe. Dès lors, ces petits Blancs qui s’étaient endettés en gardant confiance dans le rêve américain n’ont plus supporté cette gabegie financière. Elle a fait le bonheur du complexe militaro-industriel et de la classe politique, très représentée directement ou indirectement dans de nombreuses entreprises de cette filière, mais elle a alimenté la colère des nouveaux déclassés de l’Amérique.

L’aboutissement de cette colère fut l’élection de Donald Trump. Le système s’est ressaisi et a repris la main par l’élection douteuse de Joe Biden. Mais désormais, il a compris qu’il fallait (un peu) tenir compte de l’opinion publique.

La seconde raison du retrait américain relève de la géopolitique.

Dans « le grand jeu », expression popularisée au XIXe siècle par l’Anglais Conolly, qui représente la lutte entre les grandes puissances, la Russie est l’ennemi numéro un de l’Amérique. La chute de l’Union soviétique n’y a rien changé pour des raisons idéologiques (Poutine est très méchant) et géographiques (la Russie est le plus grand pays du monde au confluent d’axes stratégiques).

Trump a sonné la charge contre cette vision qu’il estimait dépassée. Il a convaincu son pays (l’Europe aussi, d’ailleurs) que la Chine ne serait plus un partenaire mais un adversaire pour une raison très simple : elle allait économiquement dépasser les États-Unis. Il faut donc concentrer ses efforts contre elle et cesser de se disperser.

Biden et ses conseillers ont décidé de suivre la même voie et ont même accéléré le retrait américain, malgré les réserves du Pentagone qui accepte mal cette analyse. La Chine est bien placée pour profiter de la situation, ce qui est le paradoxe de cette fuite américaine.

Le chaos qui s’ensuit en est la conséquence logique, mais nous avons l’habitude.

24 août 2021

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