On connaissait l’indéfectible lien entre l’Angleterre et son ancienne colonie. Après tout, Winston Churchill n’assurait-il pas que « nos deux pays sont divisés par une langue commune » ? Et le même d’assener, jadis, au général de Gaulle : « Comprenez bien qu’entre l’immensité de l’océan et vous, le continent, nous choisirons toujours l’océan. » Seulement voilà, tout cela remonte au siècle dernier.

Sentant bien ce lien historique se dénouer, Boris Johnson doit à la va-vite, calendrier international oblige, organiser un G7 consacré à l’Afghanistan, à l’occasion duquel il n’a d’autre choix que de mettre en scène l’impuissance politique d’une nation autrefois reine des mers, position désormais disputée entre Pékin et Washington, les autres puissances mondiales, la sienne, ne faisant désormais plus office que de figuration.

Paradoxalement, le premier à avoir remis en question la capilotade occidentale en Afghanistan demeure l’ancien Premier ministre Tony Blair, mis en quarantaine politique pour avoir soutenu l’équipée américaine en Irak de 2003 et qui attaque, aujourd’hui, Joe Biden sur son « action imbécile » et ces « guerres sans fin ».

Et Le Point du 13 août d’évoquer « la vieille “relation spéciale” entre le Royaume-Uni et sa fille aînée gonflée par tous les Premiers ministres britanniques qui relève d’une posture désuète. Au fil des décennies, les rapports bilatéraux sont devenus plus ordinaires. » Pourquoi un tel désamour ? Le Brexit, tout simplement : « Ce traité a marginalisé le Royaume-Uni qui, aux yeux de Washington, a perdu une part de l’influence qu’il exerçait à Bruxelles », poursuit le même hebdomadaire. Tout est dit et si tout cela n’est pas contredit, l’Europe ne pourra que mieux s’en porter.

En coupant le lien avec l’Europe, le Premier ministre Boris Johnson songeait-il redonner à son île le rôle qui fut le sien des siècles durant ? Si tel était le cas, ce fut en vain, son réduit îlien n’étant même plus cheval de Troie anglo-saxon en notre Vieux Continent. Ce qui lui aura au moins permis de comprendre que le suzerain américain n’a finalement que faire de ses vassaux.

Car après tout, pourquoi les USA s’embarrasseraient-ils davantage d’une Angleterre dont ils n’ont plus que faire, tant ses véritables enjeux géopolitiques sont désormais ailleurs ? Londres a depuis longtemps fait du cynisme une sorte de marque de fabrique ; Washington n’est pas non plus mauvais en l’exercice.

Pis : dans le  futur affrontement avec la Chine, l’Angleterre avait encore un rôle incontournable, puisque tenant Hong Kong et une partie d’un océan n’ayant de « pacifique » que le nom. Ces temps-là sont révolus. D’ailleurs, à propos de « guerre sans fin », il y a surtout celle que Boris Johnson mène contre l’Europe. Et un diplomate anglais, cité par Le Monde de s’alarmer : « Ce gouvernement a mis tous ses œufs dans le même panier américain. La seule guerre sans fin que mène le pays est avec la Commission européenne. »

Dans l’intervalle, alors que les troupes américaines désertent l’Afghanistan avec le peu de panache qu’on sait, c’est à leurs homologues anglaises qu’il convient de gérer le désastre. Et le « Global Britain », slogan électoral naguère prôné par Boris Johnson, d’en prendre un vilain coup dans l’aile, ses armées étant réduites au seul rang de supplétif, sachant qu’un Andrew Rawnsley, de l’Observer, déplore : « Notre réputation de “soft power” a été affaiblie par le Brexit et notre influence est en recul à Washington. Le pays n’a plus les moyens d’agir par lui-même, mais a aussi entamé sa capacité à convaincre les autres d’agir de concert. »

Quant au soft power ? À part James Bond et Harry Potter, on ne voit pas ; à moins que les Beatles ne se reforment un jour…

24 août 2021

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