Editoriaux - Justice - Politique - 7 janvier 2020

Les sœurs d’Alençon : Islamique et vieilles dentelles

Europe 1 les appelle « les sœurs d’Alençon ». Joli, n’est-ce pas ? Cela ressemble aux Quatre Filles du docteur March, qui vient de (re)sortir à l’écran. On s’attend à une série troussée comme le Bazar de la Charité, avec Sophie et Sissi, ou bien encore à une pieuse hagiographie de Thérèse de Lisieux, entre Marie et Léonie. Cela sonne comme Les Demoiselles de Rochefort et La Dame de Montsoreau. On tombe de haut. Pour l’eau bénite et la dentelle, on repassera, et si ces donzelles portent le voile, ce n’est pas une mantille ni celui du Carmel.

Les « sœurs d’Alençon » désignent « Hannane, Hanna, Alexane, Sarah, Maïmouna et Khadija », « les compagnes des cinq hommes mis en examen dans le dossier de l’attaque visant deux surveillants de la prison de , commise en mars 2019 ».

Rappelons que ces cinq hommes étaient emprisonnés pour divers motifs entre délinquance et terrorisme, mais tous étaient suivis pour radicalisation… donc, imagine-t-on candidement, avec un peu plus d’attention.

Europe 1 a pu consulter les déclarations de ces dames en exclusivité. On y apprend que la plupart des couples se sont formés sur Internet : « Les hommes […] se connectent via des téléphones clandestins, le soir, sur des sites de rencontre communautaire. » La Wi-Fi, apparemment, fonctionnant mieux au fin fond de la prison que de l’Aveyron, et personne n’ayant eu l’idée d’installer un brouillage de sécurité. Quoi qu’il en soit, plusieurs filles, qui deviendront les sœurs d’Alençon, mordent à l’hameçon.

« Une poignée de semaines plus tard, un codétenu procède à leur union, en l’absence de la jeune femme, pendant la promenade » ou encore « par téléphone ». Ainsi, Abdelaziz séduit et épouse Alexane 24 ans, « née de parents chrétiens non pratiquants » et convertie après être tombée, « dans un rayon de Carrefour », sur « Le Coran pour les nuls », cela ne s’invente pas, mais aussi Sarah, quadragénaire dépressive, monitrice d’auto-école de son état.

Alexane est indulgente : « Je pense qu’un homme peut avoir une autre femme pour ne pas être tenté d’avoir une relation extra-conjugale. » On se gratte la tête, rêveur… comprenne qui pourra. Apparemment, l’administration pénitentiaire a compris, qui s’est accommodée de cette gentille petite troupe polygame se bousculant dans les parloirs familiaux ou unités de vie familiale (UVF) et, le reste du temps, vivant en communauté dans l’appartement de l’une d’entre elles. Un délégué FO pénitentiaire de la prison de Condé-sur-Sarthe affirme que « c’est très facile » (sic) : « Il suffit qu’il dise que la première, c’est la concubine, la deuxième, une amie d’enfance. » Et c’est ainsi que « le détenu avait parloir le matin et l’après-midi avec deux femmes différentes ». Un emploi du temps de ministre. De ministre d’avant #MeToo, s’entend. Dire que l’on voulait forcer les radicalisés à taquiner le hamster, alors qu’ils ont tant à faire avec leur jeu de glamour et du bazar pénitentiaire.

Jusqu’au jour ou l’une de ces sœurs d’Alençon au-dessus de tout soupçon rapporte un couteau en céramique, avec la suite que l’on sait.

Le plus étonnant n’est pas tant ces révélations exclusives explosives que le fait qu’elles aient eu, en dépit du titre accrocheur – « Attentat de Condé-sur-Sarthe, quand des détenus vivaient leur polygamie en prison » -, l’effet d’un pétard mouillé. Europe 1 doit être bien marrie, aucun média, ou presque, n’a repris l’info. Qui tape, aujourd’hui, « Alençon » sur Google, dans la rubrique actualités, ne trouve guère qu’« un abri pour chats errants incendié » et « de la gym chinoise pour chasser les douleurs »… (Ouest-France).

Il faut que croire que l’on s’habitue à tout, même à ceci. On appelle cela la mithridatisation, non ?

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