Editoriaux - Fake News - International - Politique - 31 janvier 2019

Les services secrets américains auditionnés au Sénat : entre paranoïa et “fake news”

Le mardi 29 janvier dernier, le gratin des services secrets américains – CIA, FBI, NSA et autres agences plus ou moins discrètes – était auditionné par le Sénat. Soit le traditionnel rendez-vous annuel à l’occasion duquel est dressé une sorte d’état des lieux. Le mandat pour le moins fantasque de Donald Trump se trouve, tel qu’il se doit, au cœur des débats. Et le New York Times de noter : « Les politiques commerciales américaines et l’unilatéralisme – thèmes centraux de l’approche “America First” de M. Trump – ont mis à rude épreuve les alliances traditionnelles et incité les partenaires étrangers à rechercher de nouvelles alliances. »

Voilà qui n’est certes pas faux, même si ce n’est guère nouveau. En effet, la reprise à la hussarde et à la limite de la légalité d’Alstom, fleuron de la technologie française, par l’américain General Electric, remonte déjà à 2014, du temps du bien-aimé Barack Obama. D’une présidence l’autre, la seule chose à avoir véritablement changé demeure la morgue de l’actuel locataire de la Maison-Blanche. On y a perdu en sournoiserie ce qu’on y a gagné en franchise, objectera-t-on.

Ensuite, rien de bien neuf, mais une piqûre de rappel n’est jamais inutile, les USA sont toujours investis d’une « destinée manifeste » remontant à l’époque des pères fondateurs, voulant que le Nouveau Monde tienne du Très Haut une sorte de mission civilisatrice à vocation universelle. Il y a donc « eux » et le reste de l’univers, soit des forces ténébreuses toujours prêtes à comploter contre la patrie de la liberté.

Ainsi les maîtres espions s’alarment-ils en ces termes : « La Chine et la Russie travaillent ensemble pour contester le leadership états-unien dans le monde, ébranler les gouvernements démocratiques et acquérir une supériorité militaire et technologique sur les États-Unis. » Pis : « Notre plus grande inquiétude, ce sont ces menaces qui fusionneraient, parce que nos adversaires uniraient leurs forces. »

Diable, il y aurait encore des nations sur cette planète qui refuseraient l’aimable tutelle de l’empire du bien ? On peine à le croire. Tout comme on s’étonne que ces gens puissent encore croire à leurs propres envolées lyriques, tant il est cocasse de voir l’assiégeur développer une mentalité d’assiégé alors qu’il passe son temps à décider quel État est « voyou » ou ne l’est pas, décrétant des sanctions commerciales contre tel ou tel pays pour, ensuite, s’indigner que leurs victimes puissent avoir l’outrecuidance et le mauvais goût de relever la tête. Dans quel monde vivons-nous, on vous le demande.

En revanche, quand les patrons des services cessent de donner dans le messianisme halluciné et se reconcentrent sur leur corps de métier – le renseignement -, cela devient autrement plus intéressant, à défaut de faire la joie du pétulant président. Sur la Corée du Nord, ils sont donc plus que sceptiques quant à l’abandon prochain de l’arme nucléaire par Pyongyang, alors que Donald Trump tweete gaiement : « Les relations entre les USA et la Corée du Nord n’ont jamais été aussi bonnes. » A contrario, les mêmes remarquent que l’Iran respecte « techniquement » l’accord conclu en 2015 sur le nucléaire civil, ce qui ne semple pas être l’avis du même Trump.

Car si ce dernier demeure imprévisible par nature, il n’en va, évidemment, pas de même de ses services, de longue date enferrés dans ces réflexes et préjugés remontant souvent à la chute du Chah et la prise en otage de l’ambassade américaine de Téhéran – événements qu’ils ne se pardonnent pas de n’avoir su anticiper – selon lesquels l’Iran incarnerait à lui seul « l’axe du mal ». Et d’accuser ce pays d’un « soutien continu au terrorisme en Europe et au Moyen-Orient » !

C’est vrai, on allait oublier ces dizaines d’attentats quotidiennement perpétrés en nos contrées et régulièrement revendiqués par Téhéran. Sans négliger cet État islamique qui a bien failli gagner la guerre pour cause d’aide logistique et militaire des hordes iraniennes, et n’a finalement été défait que grâce à l’héroïsme sans faille d’une armée américaine qui, par ailleurs, s’apprête à courageusement déserter le Moyen-Orient.

Même Benyamin Netanyahou n’aurait osé proférer de telles énormités. C’est dire.

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