Editoriaux - International - Politique - 25 juillet 2018

Les petits Macron espagnols

Il fait des petits, Monsieur le Président, c’est évident. Il suffit de regarder la trogne – et le style – des trois nouveaux et jeunes dirigeants qui, en quelques semaines, ont bouleversé la scène politique espagnole. Ils se ressemblent comme trois gouttes d’eau. Ou comme quatre, si on y ajoute celui dont ils essayent (sans le mentionner, certes) de suivre l’exemple et d’imiter le style politique.

Politique ? Est-ce encore du politique qu’il s’agit ? Non, il s’agit de cette chose molle et pâteuse (quant aux formes… car, pour le fond, c’est une autre paire de manches) qui remplace désormais l’ancienne auctoritas censée régler le destin d’un peuple, d’une polis.

Ils ont tous l’allure d’un « jeune cadre dynamique », avec leur sourire doux et mielleux, leur savoir-faire managérial (ils adorent les anglicismes), leur allure de représentants de la superclasse dominante qui fait fi des idéologies pour mieux en faire régner une seule : la pensée unique.

Certes, contrairement à leur modèle, deux des trois « petits Macron » espagnols (Pedro Sánchez, du Parti socialiste, et Pablo Casado, devenu président du Partido Popular après avoir battu la vieille garde de l’appareil) restent au sein de leurs formations traditionnelles, tandis qu’Albert Rivera est le chef de file du jeune parti Ciudadanos (qui envisage, d’ailleurs, de se présenter aux élections du Parlement dit européen avec… La France en marche).

Mais une telle différence est secondaire. Bien plus important est ce qui guide tout ce beau monde. À savoir l’allure, le style, les principes… ou l’absence de principes – en un mot, la domination du politique par les affaires, le marché et la gestion.

Et là, ils communient, quelles que soient leurs nuances et différences, ils communient tous à merveille. Aucun d’entre eux n’a, par exemple, entendu parler du Grand Remplacement de populations, Pablo Casado, lors de son discours à l’assemblée du Partido Popular, ayant même salué le courage des migrants qui, par milliers (l’Espagne a déjà dépassé l’Italie !), traversent jour après jour le détroit de Gibraltar sur des bateaux de fortune. Aucun d’entre eux ne combat, non plus, vraiment et à fond l’idéologie du genre dont les délires s’étendent comme une tache d’huile. Aucun d’entre eux n’a, non plus, entendu parler de la précarité qui est en train de détruire tout simplement les classes moyennes. Aucun d’entre eux (et encore moins les socialistes, qui l’ont promue) n’envisage d’abolir la loi dite de « Mémoire historique » qui, quatre-vingts ans après la fin de la guerre civile, prétend en rallumer les vieilles haines tout en infligeant des peines de prison à quiconque oserait faire le moindre éloge du régime de Franco.

Quant à la gangrène du séparatisme, puisque les choses, là, sont bien différentes d’en France, nos trois petits Macron ne peuvent que se différencier de leur modèle, tout comme ils se différencient, d’ailleurs, entre eux-mêmes. Ainsi, face, par exemple, aux accointances des socialistes avec un séparatisme qui lui a fourni les voix nécessaires pour accéder au pouvoir, Ciudadanos et le Partido Popular font preuve d’une attitude bien plus ferme. Du moins, dans le cas de ce dernier, si on s’en tient aux mots prononcés par son flambant et macronien dirigeant. Mais les mots s’envolent et rien n’assure – personne ne se fait d’illusions – que les belles déclarations de maintenant ne seront pas une nouvelle fois trahies par un parti et par une droite sans les atermoiements, compromis et compromissions desquels jamais la menace de sécession et de guerre civile ne planerait sur la Catalogne.

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