Cinéma - Culture - Editoriaux - People - 23 janvier 2020

Les Monty Python en deuil : le Brexit de Terry Jones

vient de rejoindre son ami Graham Chapman, décédé en 1989, abandonnant leurs quatre compères, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle et Michael Palin, survivants du collectif . Outre-Manche, le rire risque, désormais, d’avoir goût de mauvais (pléonasme) gigot à la menthe.

Si la chose est parfois difficilement compréhensible par le commun, l’humour anglais a néanmoins ses adeptes, même sur le continent. L’auteur de ces lignes, nonobstant un grand-père paternel dont le bateau, coulé à Mers el-Kébir, s’est un peu pris le fair-play de Sa Gracieuse Majesté en plein dans le bachi, est de cette étrange secte. Car il y a une sorte de dinguerie chez nos meilleurs ennemis britanniques ; comme si l’absurde, dissimulé sous le tweed, ne demandait qu’à sortir du chapeau melon, malgré un parapluie planté là où vous devinez.

Tradition dynastique locale oblige, avant les Monty Python, il y eut les Goons, ce duo formé, dans l’immédiat après-guerre, par Peter Sellers, pas encore acteur, et Spike Milligan, sorte de Raphaël Mezrahi passé à la moulinette d’un Alfred Jarry. Les Goons, c’est un peu le Swinging London avant l’heure : un début de vent de dinguerie dans une île encore ravagée par le Blitz. D’ailleurs, les disques de Spike Milligan sont produits par un certain George Martin, cinquième officieux de ces quatre garçons dans le vent : sans lui, le quatuor liverpuldien ne serait jamais devenu ce groupe plus connu sous le nom de Beatles.

C’est dans cette marmite que mijotent le futur Monty Python’s Flying Circus, dont l’émission éponyme fait les belles heures de la BBC, d’octobre 1969 à décembre 1974. Mais le passage sur grand écran, on le doit à Terry Jones qui, médiéviste érudit, met en scène, un an plus tard, Monty Python Sacré Graal, dinguerie moyenâgeuse sans laquelle le Kaamelott d’Alexandre Astier n’aurait jamais vu le jour.

Mieux : nos tout aussi hexagonaux Alain Chabat et autres Robins des bois se réclament du même héritage. Ensuite, Terry Jones signe deux autres films qui installent la légende du collectif en question : Jabberwocky, en 1977, autre délire médiéval malheureusement sous-évalué, et La Vie de Brian, en 1979, géniale pochade christique. C’est l’époque où l’on peut rire à peu près de tout, des chrétiens, des juifs, des musulmans. Mais c’est également celle où les humoristes se contentent de faire de l’humour et pas de la politique, et où les tenants des trois religions abrahamiques n’ont pas encore perdu le leur, d’humour.

En 1983, avec Le Sens de la vie, Terry Jones explose jusqu’aux limites de la narration, repoussant celles du bon sens, fût-il celui de la vie ou de la plus élémentaire des logiques cinématographiques. À côté, le Magical Mystery Tour des Beatles fait figure de reportage France 3 Picardie sur la pêche aux sardines en baie de Somme.

Puis les six comparses d’origine empruntent des chemins de traverse. En 1988, John Cleese, avant de dynamiter l’entre-soi du show-biz londonien en prenant fait et cause pour le Brexit, fait de même de la comédie anglaise avec Un poisson nommé Wanda, en compagnie de la sublime Jamie Lee Curtis, tous appâts dehors, et Kevin Kline, en tueur nigaud citant Nietzsche à tout bout de champ tout en se prenant les pieds dans l’escalier. Plus blasphématoire encore, en 1978, Eric Idle dézingue une autre icône d’Albion, les Beatles plus haut cités, dans All You Need Is Cash, faux rockumentaire plus vrai que nature consacré aux Rutles, groupe dont on devine sans peine quel est le modèle ; et ce, comble du comble, avec l’active complicité de George Harrison, fan de toujours des Monty Python.

Dans cette géniale imposture, Mick Jagger joue son propre rôle, se lamentant de l’ombre envahissante des Rutles sans lesquels les Rolling Stones auraient pu faire une assez belle carrière.

Terry Jones était de ce monde-là ; monde en train de disparaître, dans lequel on pouvait tout railler, surtout soi-même. Pour une fois qu’un Anglais nous manque, ne boudons pas notre déplaisir.

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