Ils avaient chanté l’hymne breton sur les marches de l’Assemblée nationale, les parlementaires qui venaient d’adopter, en avril dernier, une loi pour protéger et promouvoir les langues régionales. Un résultat inattendu, obtenu par 247 voix pour, 76 votes contre et 19 abstentions, malgré l’opposition du ministre de l’ nationale et du groupe LREM. Ces derniers, on s’en doute, n’allaient pas en rester là. Résultat : les sages, appelés à la rescousse par une soixantaine de députés, viennent de censurer partiellement la loi et, par là même, de sonner le glas de ce qui avait été salué par le député du Morbihan Paul Molac comme « un jour historique pour la langue bretonne et toutes les langues régionales ».

La censure du Conseil constitutionnel, tombée ce vendredi, juge inconstitutionnel l’article de la loi qui prévoit que l’enseignement d’une langue régionale peut prendre la forme d’un enseignement immersif, de même que l’article qui autorise les signes diacritiques des langues régionales dans les actes de l’état civil – comme le fameux n tilde du petit Fañch – est, lui aussi, jugé « contraire à la Constitution ». Dans les deux cas, estiment les « sages », ces dispositions ne sont pas compatibles avec l’article 2 de la Constitution qui stipule que « la langue de la est le français ».

« C’est un véritable “11 septembre 2001” pour la diversité linguistique de notre pays », tire à boulets rouges Thierry Kranzer, président de l’association du Fonds pour la langue alsacienne, sur Facebook . « C’est un assassinat doublé d’une trahison à l’égard des populations périphériques de la nation […] Cet arrêt traduit (je reprends les propos d’un expert onusien) une “approche totalitaire” de la diversité linguistique par la , fruit d’une “pensée génocidaire”. » Le même Thierry Kranzer note que la France est championne du monde de l’immersion précoce en langue minoritaire quand il s’agit du… français à l’étranger. « D’ailleurs, les 380 écoles françaises de l’étranger qui ont toutes reçues l’agrément du ministère de l’Éducation nationale français pratiquent cette immersion totale en maternelle… » Vérité en deçà des Pyrénées, comme dirait l’autre, erreur au-delà ?

« Ce qui est en jeu », renchérit plus modérément le député breton Paul Molac, auteur de la loi, « c’est l’existence même du patrimoine culturel que nous portons, en , en Bretagne, en Alsace et Moselle, en , en Flandre, en Savoie, au Pays basque, dans l’ensemble occitan et dans bien d’autres régions françaises attachées à leurs particularités culturelles et linguistiques. »

Et le va-t’en-guerre Thierry Kranzer de revenir à la censure des sages : « À ce sujet, il faudra expliquer au reste du monde libre pourquoi il reste aussi difficile, en 2021, de parler de entre les langues à un jacobin que de parité entre les genres à… un taliban. Par ailleurs, il faudra expliquer comment justifier la présence du siège de l’UNESCO (temple onusien de la diversité culturelle) dans le dernier pays officiellement monolingue du monde occidental. C’est un peu comme si on mettait le siège d’ONU-Femmes en Arabie saoudite… »

23 mai 2021

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