Editoriaux - Education - 10 février 2019

Les dessous des réformes éducatives ne sont pas toujours très reluisants : nouvel exemple !

Les plus anciens se souviennent de la réforme Haby qui, en 1975, mit fin à l’organisation de la scolarité en filières et créa le « collège unique », que ses opposants baptisèrent « collège inique ». De fait, ce collège, voulu à l’époque par Valéry Giscard d’Estaing, montra rapidement ses limites et fit régulièrement l’objet de modifications censées le rendre plus performant : presque tous les ministres, d’Alain Savary à Najat Vallaud-Belkacem en passant par François Bayrou ou François Fillon, y apportèrent leur grain de sel.

Mais aucun, sous prétexte de répondre au défi de la démocratisation et de l’égalité des chances, ne remit en cause le principe de l’hétérogénéité dans la composition des classes, ce qui accentua les inégalités au lieu de les réduire. On inventa donc de nouvelles méthodes pédagogiques, dont le seul nom respirait le progrès : pédagogie différenciée, parcours personnalisés, socle commun de connaissances et de compétences, avatar du « SMIC culturel », inspiré des compétences-clés définies par l’Union européenne.

L’hebdomadaire Marianne vient de faire le point sur la situation des sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA), instaurées en 1996 pour accueillir des élèves présentant des difficultés d’apprentissage graves et durables. Selon les statistiques ministérielles, ces sections, bénéficiant de faibles effectifs et de maîtres spécialisés, étaient efficaces et redonnaient à une majorité d’élèves concernés le goût du travail. Mais elles dérogent au sacro-saint principe de l’égalité et coûtent cher ! Alors, le ministère a décidé de développer les « classes inclusives », où ces élèves se retrouvent avec les autres : la panacée pour que cela marche, ce serait de leur garantir une « pédagogie adaptée ».

Ce dispositif est plus facile à imaginer, dans un bureau de la rue de Grenelle ou dans l’esprit d’un « chercheur » en sciences de l’éducation, qu’à mettre en œuvre dans une classe. Selon de nombreux témoignages, le résultat serait catastrophique : non seulement pour les élèves, qui perdent toute chance d’échapper à l’échec scolaire, mais aussi pour les professeurs, contraints de jongler entre des niveaux excessivement disparates, au détriment de tous les élèves. Il s’agit, officiellement, de favoriser l’intégration des élèves en grande difficulté dans la communauté scolaire mais, comme le souligne le président d’une organisation enseignante, “ce qui est véritablement destructeur et désocialisant, c’est de les laisser se noyer dans leurs difficultés par dogmatisme”.

Les autorités de l’Éducation nationale, souvent imprégnées de l’idéologie égalitaire ou s’y soumettant par conformisme, se gardent bien de préciser que ces fameuses « classes inclusives » sont aussi source d’économies d’heures et de postes. Qui ne voit, s’il a un peu de bon sens, que trop d’hétérogénéité nuit à l’efficacité pédagogique ? Qu’une telle organisation, sous prétexte d’égalité et de socialisation, ne peut aboutir qu’à une « médiocrisation » accrue de l’enseignement au collège ?

Jean-Michel Blanquer n’a pas pris personnellement position sur cette question, mais on peut présumer qu’il n’est pas insensible aux contraintes budgétaires imposées par Bercy. Sa réforme du lycée permettra, même si ce n’est pas son objectif principal, de réduire le nombre d’heures d’enseignement disciplinaire, donc de postes. Ça tombe bien quand on veut supprimer des milliers de fonctionnaires ! Il y a certainement des économies à effectuer dans la gestion du ministère de l’Éducation nationale. Il faut y réfléchir sérieusement. Mais la réforme la plus urgente consisterait à s’affranchir des préjugés idéologiques, à s’abstenir d’arrière-pensées et à ne rien dissimuler de l’état de notre enseignement.

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