Editoriaux - Justice - People - Politique - 13 mai 2019

Les amants de Levallois

Voici venir le procès Balkany. C’est l’un de ces moments romanesques, et peut-être tragiques, qui réveillent de vieux et bas instincts dans notre pays qui, pour cela, est toujours le même pays qu’au temps jadis – pour l’instant. Il y aura du monde sur la place de Grève et de la viande sur les murs. Comme pour Ravaillac ou la Brinvilliers. La France aime détester les amants de Levallois, comme jadis Lacenaire ou Mandrin. L’or et la poudre, la grande vie et le danger : le bourgeois rêve immobile, la bourgeoise soupire d’aise. Tableau.

Les Balkany, c’est aussi une farandole de clichés : les amants diaboliques, Bonnie and Clyde, le dur à cuire et la femme sans pitié. Les bifetons de 500 qui volent des pans de la veste, comme les as de pique dans Lucky Luke. Les maisons trop grandes, les contrats mirobolants, les cigares et les amis saoudiens, les valises de cash et les déclarations d’impôts bidon. Lui, le bateleur souriant, qui semble indestructible, mais ne tient que par la grâce de sa femme, pugnace et amoureuse. Elle, qu’a son Jules dans la peau, comme on disait hier, et va chercher ses répliques et ses déboires de truand.e, comme on dit aujourd’hui, dans les brouillards des faits divers de Ménilmuche. La réplique la plus osée, au sujet des accusations de la maîtresse de Monsieur : « Mon mari n’a jamais eu besoin d’un revolver pour se faire tailler une pipe. » Le déboire le plus triste : cette tentative de suicide salement médiatisée, qui la montre aux abois, lasse et fragile. Un de ces gestes déchirants qui arrête net le plus sale des rires gras au pied de l’échafaud.

Terminus des prétentieux, dirait l’autre. Mais ne les lapidons pas trop vite. Quel spectacle !

Me revient en mémoire cette belle tirade d’un responsable RH (quand quelqu’un fait profession de traiter l’humain comme une ressource, me direz-vous, vaut mieux s’attendre à tout). « Écoute, disait ce brave homme, dans la vie, y a trois catégories de gens : ceux qui ont un destin, ceux qui ont une carrière et ceux qu’ont un parcours professionnel. » Les Balkany se sont peut-être offert une carrière flamboyante avec l’argent de leurs administrés et des contribuables. Ils ont, en tout cas, évité, à force d’impudence et de cran, de s’encroûter dans un parcours professionnel. Auront-ils un destin ? La parole est à la défense.

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