Editoriaux - Education - 24 août 2018

L’épouvantail Parcoursup dope les cours privés

La catastrophe qu’est Parcoursup n’apparaît pas encore dans toute son ampleur, car nous sommes encore en vacances, mais 115.000 à 150.000 étudiants ne savent toujours pas où ils vont aller en septembre, soit qu’ils n’aient rien, soit qu’ils n’aient décroché qu’un vœu de secours qui ne les intéresse pas.

La situation des CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) donne une idée du désastre qui s’annonce. Alors que leurs effectifs étaient stables d’une année sur l’autre avec l’ancien dispositif APB, le nombre d’élèves a chuté, en 2018, de 10 % à 25 % et la plupart des classes ne seront pas remplies. Le rang du dernier étudiant appelé a beaucoup reculé et le niveau va donc, logiquement, s’effondrer. Apparemment, comme les places ne se libéraient pas aussi vite qu’avec APB, les lycéens se sont découragés. Ils sont entrés dans des écoles payantes (et fort chères !) ou, pire, ont renoncé à suivre des études supérieures. C’est un gâchis épouvantable, car les classes préparatoires coûtant cher aux finances publiques, l’idéal serait de les remplir et qu’elles comptent entre 42 et 48 élèves pour que l’argent de la nation ne soit pas gaspillé en vain. On manque d’ingénieurs et il faut en former le maximum. Les universités, qui rentrent plus tard, connaîtront sans doute les mêmes problèmes d’effectifs, si on en croit les premiers échos qui nous parviennent. Seules les formations payantes (hors Parcoursup) se frottent les mains et félicitent M. Macron de les enrichir.

Mme Vidal, le ministre de l’Enseignement supérieur, en bonne adepte de M. Macron, tord les chiffres pour leur faire dire le contraire de la réalité. Elle s’entête et refuse de revenir en arrière. Pourtant, comme je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises dans ces colonnes, les défauts de l’ancienne formule APB étaient facilement corrigibles et l’idéal serait, pour 2019, de fusionner les deux dispositifs. Ce que préconise le président de la conférence des universités. Avec raison, il propose qu’après la première phase de Parcoursup, les lycéens hiérarchisent leurs vœux et qu’un algorithme les affecte afin qu’au moment du bac 2019, 85 % des lycéens soient fixés.

Parcoursup fait maintenant figure d’épouvantail. Les familles prennent conscience que, désormais, leurs enfants doivent être au top niveau s’ils veulent être pris par les formations de leur choix. Un lycéen moyen risque d’être mis sur l’interminable liste d’attente, alors qu’autrefois seuls les plus faibles étaient déboutés des filières qui leur plaisaient.

Du coup, la demande de cours privés explose. Il existe une défiance générale des parents envers l’école publique. Ils l’estiment incapable de bien former leur fils ou leur fille, surtout en langue vivante ou en mathématiques. Beaucoup vont se priver pour payer des leçons particulières, qui peuvent monter à 50 euros l’heure, même si l’État en rembourse la moitié en crédit d’impôt. Notre société est inégalitaire, parce que les enfants de classes défavorisées ou moyennes ont, à niveau d’intelligence et de compétence égal, moins de chances de réussir que les rejetons des classes supérieures. La politique universitaire de M. Macron va accentuer encore cette dérive et supprimer les dernières traces de l’ascenseur social. Avec notre nouveau Président, vous continuerez à n’être “rien” si votre père n’est “rien” (selon la terrible expression qu’a employée le chef de l’État).

La France va bientôt ressembler à Singapour ou à la Corée du Sud, où les enfants suivent, pendant plusieurs heures le soir, les cours d’une deuxième école privée (et chère !) pour les booster. Or, ces sociétés sont un véritable cauchemar pour les jeunes.

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