Editoriaux - 24 août 2018

La cabane au fond du jardin de Françoise Nyssen

Au fond, Mme Nyssen est une sorte de rebelle sans le savoir. Un peu comme le très éphémère secrétaire d’État Thomas Thévenoud qui souffrait de phobie administrative. Entre nous – je veux dire : entre nous autres, Français -, on a tous quelque chose en nous de Thévenoud et de Nyssen, non ? Elle n’a pas déclaré les travaux d’extension de ses librairies, tant à Arles qu’à Paris ! Et alors, franchement, est-ce que tous les propriétaires de pavillon qui, un beau samedi matin, ont décidé d’aménager leurs combles à l’arrivée du troisième mouflet ou pour y installer leur train électrique, ont fait tout comme il faut aux yeux de la loi qui, comme chacun sait, ne peut être ignorée de quiconque ? Des puissants comme des manants…

Toutes ces fenêtres de toit – communément appelées « Velux » comme on dit « Frigidaire » pour un réfrigérateur – que l’on doit sans doute compter par centaines de milliers en France ont-elles bien fait l’objet d’une déclaration de travaux auprès de la mairie, voire d’un permis de construire si cette fenêtre a permis d’aménager une nouvelle pièce supérieure à vingt mètres carrés ? Et ce cabanon, au fond du jardin : êtes-vous bien certain qu’il ne fait pas plus de cinq mètres carrés ? Parce qu’entre cinq et quarante mètres carrés de surface au sol, il faut déposer une déclaration préalable de travaux. Cinq mètres carrés, ce n’est pas grand-chose, vous savez : même pas un carré de 2,30 m de côté. Une fois que vous aurez remisé vos trois malheureux fauteuils en résine et deux outils de jardin, ne comptez pas y loger un ami de passage ou vos nains de jardin durant l’hiver. Cinq mètres carrés, ce n’est pas grand-chose, mais assez pour intéresser la commune qui a la possibilité d’y appliquer une taxe allant de 400 à 800 euros.

Et vous avez de la chance : aucun énarque n’a eu encore l’idée d’une taxe d’habitation pour ces pauvres nains. En effet, on ne dira jamais assez le souci du détail de notre administration française dans le but de lever l’impôt. Elle force l’admiration du monde entier, notre administration. Elle a de qui tenir, d’ailleurs. C’est Napoléon qui a instauré le cadastre en 1807 afin d’établir une base fiable et équitable pour la levée de l’impôt foncier : une revendication que l’on retrouvait dans de nombreux cahiers de doléances en 1789. Certes, on ne partait pas de rien. Il existait, notamment, les livres terriers tenus par des officiers seigneuriaux – les feudistes ou commissaires à terrier – dans lesquels étaient consignés les droits féodaux dus pour telle ou telle terre dont il fallait bien identifier les parcelles.

Mais nous nous éloignons des péripéties immobilières et foncières de Mme Nyssen. Puisque nous en sommes à évoquer les temps anciens, une suggestion qu’aurait pu lui faire M. Thévenoud, député émérite de Saône-et-Loire. Dénicher un terrain communal en Bresse, vieux pays à cheval sur les départements de l’Ain et de Saône-et-Loire, pour y installer une nouvelle librairie Actes Sud. Une coutume, héritée du droit romain, voulait que toute personne qui construisait son logis entre le coucher et le lever du soleil devenait propriétaire du terrain et de la maison. Il fallait seulement que le feu soit allumé au petit matin et que la fumée sorte par la cheminée. Pas de permis de construire, pas de formalités administratives excessives, pas de contraintes urbanistiques, pas de CERFA. Bon, quand même, il fallait s’acquitter après coup d’une redevance emphytéotique perpétuelle auprès de la commune.

Finalement, l’histoire de Mme Nyssen, c’est un peu celle de la cabane au fond du jardin que l’on a agrandie comme ça. Et ça n’aurait pas plu aux voisins. Les gens sont si méchants. Et Mme Nyssen, en vraie macroniste, si bienveillante.

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