À 82 ans, Leonard Cohen nous a quittés, comme sur la pointe des pieds. Dans l’univers du show-biz, le moins qu’on puisse prétendre est que ce Canadien détonnait quelque peu par sa retenue et sa discrétion.

De fait, c’est presque par hasard qu’il devient chanteur. Sa vocation d’origine ? La poésie. Et quand, en 1956, il publie Let Us Compare Mythologies, premier recueil de ses poèmes, il est encore au lycée. D’autres suivront, faisant de lui une figure renommée chez ceux qui, au , aiment à taquiner la muse.

C’est d’ailleurs un de ces poèmes, « Suzanne », qu’il se décide à mettre en musique, qui lui apporte un début de renommée, lorsque rendu célèbre, en 1966, par la chanteuse Judy Collins. À rebours des clichés voulant que les juifs soient imbattables en affaires, Leonard Cohen attendra 1987 pour récupérer les droits de cette chanson reprise, dans l’intervalle, par nombre de vedettes…

Juif pratiquant, il est, de plus, adepte du bouddhisme zen ; d’où, peut-être, son calme imperturbable en toutes circonstances. D’où, sûrement, l’acquisition, dès 1960, d’une bicoque dans l’île grecque d’Hydra. À l’époque, il n’y a ni automobiles, ni eau courante, et encore moins d’électricité. Il se déplace à mulet et cela paraît fort bien lui convenir. Ce, d’autant plus qu’il y fait la connaissance d’une sculpturale Norvégienne, Marianne Ihlen, le grand amour de sa vie.

Marianne l’a précédé dans un autre ailleurs en juillet 2016. Après lui avoir dédié l’une des chansons les plus fameuses, « So Long Marianne », Leonard lui envoyait cette splendide lettre, quelques semaines avant sa  :

Nous sommes arrivés au point où nous sommes si vieux, nos corps tombent en lambeaux, et je pense que je te rejoindrai bientôt. Sache que je suis si près derrière toi, que si tu tends la main tu peux atteindre la mienne. Et tu sais que j’ai toujours aimé ta beauté et ta sagesse et je n’ai pas besoin d’en dire plus parce que tu sais tout cela. Je veux seulement te souhaiter un très beau voyage. Au revoir, ma vieille amie. Mon amour éternel. Rendez-vous au bout du chemin.

Eh oui, les femmes, avec les cigarettes et le bon , sont l’un de ses péchés mignons. Il les collectionne tout en continuant de chérir la précédente, alors qu’il est déjà avec la suivante.

On l’avait beaucoup revu arpenter studios d’enregistrement et scènes du monde entier ces dernières années. La raison ? En 2005, à 69 ans, il se rend compte que son manager est parti avec la caisse. Une fois de plus, les juifs et l’argent, ce n’est pas toujours ce qu’on croit. Leonard Cohen n’a plus un fifrelin en poche. Alors, toujours sans s’énerver, l’aigrefin étant à peu près introuvable et probablement insolvable, il reprend sa guitare et son légendaire chapeau, pour faire entrer un peu de sous dans les caisses.

Et livre, dans les dernières années de sa vie, ses plus beaux concerts. Le Live in Dublin de 2014 est, à ce titre, hautement recommandable ; voire tout bonnement indispensable, avec mention toute particulière à Sharon Robinson, ici aux chœurs, dont la voix angélique semble tomber tout droit du Ciel.

So Long Leonard.

12 novembre 2016

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