Les élections municipales ont confirmé la fracture qui sépare aujourd’hui deux France, celle des grandes villes et celle des campagnes, villes petites ou moyennes. Et l’on pense aussitôt à la fable de La Fontaine, « Le Rat de ville et le Rat des champs », le premier vivant dans l’opulence, mais aussi dans le trouble et l’insécurité, le second menant une vie simple mais agréable et tranquille.

Cette opposition se retrouve illustrée à l’extrême dans le département de l’Hérault, dont la préfecture Montpellier, si l’on considère ce vote, est aux antipodes de la sous-préfecture, Béziers.

Montpellier est une ville qui se pique d’être la plus moderne d’Europe, c’est-à-dire la plus conformiste, drainant avec morgue toutes les rengaines du politiquement correct. Là, comme à , l’écolobiobobo – forcément de gauche – est majoritaire et les électeurs ont placé en tête deux listes socialistes (c’est-à-dire des gens qui ne sont ni socialistes ni proches du peuple) et des listes écologistes au milieu desquelles s’est glissée celle du milliardaire Mohed Altrad, incarnation du néolibéralisme actuel. À Montpellier, l’esprit libéral-libertaire triomphe et la culture ministérielle progressiste, qu’elle soit de gauche ou d’extrême gauche, tient le haut du pavé, depuis le théâtre des Treize Vents, monument de conformisme culturel, jusqu’au Printemps des comédiens, dit Printemps des bobos, où l’on retrouve, tous les ans, les principales tartes scéniques du moment, et quelques spectacles dits internationaux comme, il y a deux ans, l’adaptation du Procès de Kafka, en polonais sous-titré pendant cinq heures ! Un événement dont le snob et spectateur maso-culturel se souvient comme le soldat de Napoléon de la bataille d’Austerlitz. C’est qu’il faut absolument copier Olivier Py et son Festival ministériel d’Avignon où, chaque été, le bobo parisien descend admirer les spectacles sur la modernité combattant le populisme, le racisme et l’homophobie, ou vient célébrer l’Europe, le genre, les migrants et l’interminable libération des femmes dans une parité sans cesse recommencée…

Et alors qu’à Montpellier, la droite est quasiment inexistante – car aujourd’hui, les bobos votent à gauche, contrairement à l’époque de Jaurès où c’était le peuple -, à l’autre bout du département, Béziers a réélu le populiste Robert Ménard avec près de 70 % des voix. Béziers, dite l’une des villes les plus pauvres de France, vote à droite, alors que Montpellier, ville bourgeoise, vote à gauche. Aujourd’hui, le peuple est à droite et les très riches et leurs cadres ou leurs cultureux sont à gauche.

À Montpellier la surmoderne, l’écolobiobobo est roi, à Béziers la populiste, c’est le peuple qui est roi. On a là un condensé de ces deux France, la première n’ayant que mépris pour la deuxième, mais s’y précipitant lorsque l’épidémie jaillit soudain de son mondialisme chéri. Alors, on est bien content d’aller chez le tonton facho ou la cousine vieille France. Le rat des villes, mangeur d’ortolans, fonce chez le rat des champs. Mais l’écolobiobobo n’est pas à une contradiction près. Partisan et pourfendeur à la fois d’un système qui a créé la malbouffe et la pollution qu’il combat, apologue et valet d’un mondialisme et de sa richesse, dont il profite, il ne cesse de parler d’écologie, de nourriture bio, celle d’autrefois, quand tout l’était par définition, et d’un monde ancien qu’il condamne, avançant même les idées saugrenues de capitalisme vert, de voiture électrique et autres fadaises…

Mais se rend-il compte, ce couillon ou cet hypocrite, que son écologie, pour être sincère et efficace, ne pourra advenir que sur la négation même de tout ce qu’il est et sur le retour de ces nations qu’il exècre ? Que s’il veut vaincre la pollution et retrouver la vie dont il célèbre les bienfaits, il lui faudra scier la branche sur laquelle il est assis – ce qu’il ne fera pas. Par contre, il se pourrait bien qu’un de ces jours, le peuple populiste ou la planète, ou les deux réunis comme dans la mystique ancienne de l’homme en harmonie avec la nature, le fasse à sa place et qu’il tombe horrifié dans la terre boueuse où il n’avait jamais mis les pieds !

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