Dès l’annonce d’un confinement obligatoire, l’exode du Parigot vers sa résidence secondaire fut massive. Sur des charrettes s’entassaient, pêle-mêle, meubles, matelas, vivres et grands-parents. Sur les routes, les bombardements de coronavirus laissaient quelques-uns inanimés sur le bas-côté. Et puis, enfin, l’arrivée à Noirmoutier, Groix ou Belle-Île-en-Mer. La délivrance.

Un soir de l’an 2070, le citadin un tantinet bobo racontera ses dures années de à ses petits-enfants. La fuite de ceux qui avaient la chance d’être propriétaires d’une résidence secondaire. L’hostilité des autochtones face à ces réfugiés venus les mettre en danger. Les voitures vandalisées, les insultes sur les réseaux sociaux. « Ah, tu sais, mon p’tit, on en a bavé ! Les topinambours, les tickets de rationnement… » Le récit, quelque peu exagéré, agrémentera les veillées au coin du feu.

Sur l’île de Noirmoutier, la population aurait plus que doublé en un week-end, selon Ouest-France. Des TGV pleins à craquer à la gare Montparnasse, la ruée vers l’air marin les uns contre les autres. Échange de virus convivial dans les voitures. Mais pourquoi l’accueil en ces bonnes îles de l’Atlantique est-il si maussade ? Du touriste, l’autochtone était d’accord pour puiser quelques revenus, mais halte-là, camarade, sous réserve qu’il soit en bonne santé. Porteur de rien du tout, excepté de sa carte bleue. Le beurre salé et l’argent du beurre salé.

Je ne peux pas nier que l’idée de partir me réfugier dans ma modeste résidence secondaire m’ait traversé l’esprit. Une évocation qui nous fit frôler l’incident ménager, la mise en quarantaine pour irresponsabilité, et ce, dans ma propre maison. La répudiation pour plusieurs semaines. Confiné à l’intérieur même de mon confinement. Le pire du pire me pendait au nez. Je capitulai en vitesse. Oui, l’idée était saugrenue.

D’ailleurs, ne pourrions-nous pas accueillir quelques Bretons ? Ou bien des Noirmoutrins ? Alors que je commençais à disposer quelques coquillages dans la salle de bains pour éviter à mes futurs hôtes un dépaysement trop brutal, il me fut à nouveau signifié que l’idée n’était pas plus resplendissante que la précédente. À la suite de cette série de fins de non-recevoir, la honte au front, j’entrai dans un tonneau duquel mes proches tentent dorénavant de me faire sortir.

Afin d’éviter cette sorte de déboire, la a fait adopter une loi visant à interdire tout repli vers une résidence secondaire. Jusqu’à 1.200 euros d’amende et dix jours de prison à tout Norvégien pris en flagrant délit de villégiature, nous précise Le Parisien. Une taxe locale imposée aux arrivants de la gare Montparnasse pourrait redonner le sourire aux habitants. Pourquoi ne pas en profiter pour organiser quelques animations payantes ? Sur la place du village, procéder à l’élection du roi des con.finés. Il est temps que les îliens et autres occupants de terres estivales se mettent à l’écriture inclusive.

20 mars 2020

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