Editoriaux - People - 5 mars 2020

Le roi Juan Carlos et sa Corinna

Tout est grand, chez le roi émérite d’Espagne, Juan Carlos Ier. Sa taille : 1,88 m. Son arbre généalogique : né Borbón y Borbón, il descend 48 fois de Louis XIV et près de 190.000 fois de Saint Louis, son ancêtre en ligne masculine directe à la 22e génération. Son prestige, tout du moins jusqu’à ce que des scandales ne viennent éclabousser sa fin de règne, notamment celui qui impliqua sa fille, l’infante Cristina et son mari Iñaki Urdangarin, poursuivis pour fraude fiscale. Si la fille de l’ancien roi a été relaxée, son époux, lui, a été condamné à de la prison ferme et incarcéré en 2018 : une première pour un membre, non pas de la famille royale, mais de la famille du roi.

Tout est grand, donc, chez Juan Carlos, y compris le nombre de ses conquêtes : la biographe espagnole de la reine Sofía, Pilar Eyre, lui prêterait jusqu’à 1.500 maîtresses, ce qui reléguerait ses aïeux Henri IV et Louis XIV au rang de bricoleurs de la gaudriole. Parmi toutes ces dames, l’une a occupé une place de choix sur les couvertures glacées des magazines people : la dénommée Corinna. Une princesse qui ne l’a pas toujours été. Danoise, née en , âgée aujourd’hui de 56 ans, elle épousa, en 2000, une altesse sérénissime allemande, Johann Casimir zu Sayn-Wittgenstein-Sayn, et en divorça cinq ans plus tard, gardant au passage le titre, comme une sorte de trophée, la dame étant par ailleurs fan de chasse au gros gibier.

Tout est grand, chez Juan Carlos, y compris les scandales qui le touchent, non par enfant interposé, mais directement. On se souvient de cette chasse à l’éléphant au Botswana, en 2012, qui avait soulevé un tollé en Espagne et précipité son abdication en 2014 : eh bien, c’est par le biais de Boss & Sporting, une société spécialisée dans les safaris de luxe, montée par cette Corinna, que cette partie de campagne avait été organisée. C’est en 2004 que Juan Carlos rencontra Corinna. Il avait 66 ans. Elle avait 40 ans. Les écarts d’âge en permettent bien d’autres. La rencontre eut lieu au cours d’une chasse en Espagne, confia-t-elle en 2013 à Paris Match. En 2015, un livre, Fin de partie. Chronique des faits qui ont entraîné l’abdication de Juan Carlos Ier, d’Ana Romero, révéla les liens étroits entre le roi et Corinna. Selon cette ancienne journaliste d’El Mundo, le roi aurait même souhaité divorcer de la reine Sofía pour épouser Corinna et lui donner le titre d’altesse royale. Interviewée, en 2017, par Point de vue sur sa relation avec le roi, Corinna avait répondu sobrement : « C’est un épisode que j’assume, mais qui a été utilisé et amplifié de manière abusive. »

En 2018, deux sites d’information espagnols publiaient, à l’insu de celle qui n’était plus la maîtresse du roi, des extraits d’un enregistrement très gênant pour l’ancien monarque. En effet, Corinna affirmait avoir servi de femme de paille pour récupérer des fonds importants (80 millions d’euros) cachés en Suisse. Des sommes provenant de commissions perçues sur des marchés d’État, en particulier à l’occasion de la construction d’un train rapide en Arabie saoudite.

Et aujourd’hui, l’affaire rebondit. La Tribune de Genève titrait, en une, mercredi : « Juan Carlos cachait 100 millions à Genève. » Un cadeau du roi Abdallah d’Arabie saoudite. Là où on ne comprend pas, c’est que lorsque l’Espagne décrocha ce marché de 6 milliards d’euros, au détriment de la France, s’il y avait eu pot-de-vin, cela aurait dû se faire dans le sens Espagne-Arabie. De là à imaginer un aller-retour détourné ? En tout cas, tout est grand, chez Juan Carlos, y compris les cadeaux royaux qui lui sont faits ! Les justices espagnole et helvète sont sur l’affaire.

Et la princesse zu, là-dedans ? Toujours selon la Tribune de Genève, sur ces 100 millions, le roi en aurait donné 65 à celle qui était, à l’époque, son « amie de cœur », somme qu’elle aurait prudemment placée dans la filiale d’une banque suisse aux Bahamas. Cadeau ou dépôt ?

Tout est grand chez Juan Carlos. Y compris, malheureusement, la chute.

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