n’existe et n’est président de la République que parce qu’il y a eu l’affaire Fillon. Voir, pour ceux qui douteraient encore, les confidences de MMe Eliane Houlette, ex patronne du Parquet national financier. Un Président élu dans ces circonstances et pris depuis dans une spirale d’impopularité tenace ne peut envisager sa réélection que grâce à des arrangements avec le système politique en place d’une part et le mécanisme électoral d’autre part.

Le premier intéressé l’a bien compris et donc, depuis son élection, Emmanuel Macron avance sur ces deux jambes. D’abord, donc, la recomposition politique. Il s’agit de continuer à faire “bouger la poutre” pour engranger les ralliements du centre et de LR : après Darmanin, Le Maire et Bayrou, les héroïques traîtres de la première heure, dont les postes de premier plan font saliver ceux qui n’ont pas encore sauté le pas, on a vu surgir Roseline Bachelot, et presque arriver Guillaume Larrivé. Il a aussi Christian Estrosi, toujours fidèle au poste de grand chambellan de ce palais de la poutre qui bouge. Mais voilà, à moins de deux ans de l’échéance, comme les municipales, qui devaient être, la base de cette recomposition, ont été un fiasco pour LREM, Emmanuel Macron a décidé de passer à la vitesse supérieure. Le Jdd nous apprend que d'”une nébuleuse, Emmanuel Macron veut faire une galaxie“. Traduit en termes non jupitériens : “un dispositif consolidé, structuré et élargi”. Le but étant de multiplier ces petits partis alliés-croupions : Agir, Parti radical, MoDem, pour bâtir enfin une majorité présidentielle, appellation qui se substituerait à la marque LREM ou “En Marche” trop démonétisée.

Et voilà qu’intervient le second volet de l’opération “Il faut sauver le soldat Macron en 2022” : le système électoral. Quelques essais ont déjà eu lieu : des élections municipales covidisées avec 60 % d’abstention, des velléités de reporter les régionales. La chose travaille le cerveau de notre président. Mais la réflexion avance. Comme le but ultime de cette multiplication des petits partis alliés serait de former ensuite une “coalition”, cela impose d’instaurer la proportionnelle. Eh bien, c’est justement sur cette modification majeure qu’on phosphore dur en ce moment à l’Elysée : ” Pour renforcer une future majorité, des réflexions – très avancées – sont également en cours concernant le retour du mode de scrutin proportionnel, sur lequel travaille le ministère de l’Intérieur. Macron en est convaincu : “Il n’y a pas de culture de la coalition dans notre pays. Pour en créer une, il faut la proportionnelle.” Et ça tombe bien, car, condition du soutien de François Bayrou, cela faisait partie du programme du candidat Macron en 2017. Sauf que la réforme constitutionnelle qui comprenait l’introduction de la proportionnelle a été abandonnée depuis 2018.

En la ressuscitant opportunément aujourd’hui, à moins de deux ans de l’échéance, Emmanuel Macron, comme Mitterrand naguère, peut penser réaliser un beau coup politique, mais risque aussi d’être accusé de vouloir changer les règles à son profit. La proportionnelle est justement un immense appel à l’éparpillement de toutes les forces minoritaires : à gauche, le chef de l’État peut déjà compter sur un éparpillement de fait ; mais il est certain qu’en ouvrant le dossier de la proportionnelle, les tendances dissidentes fleuriront à droite et bien sûr autour du RN. D’un côté, le dépeçage de LR fournira à Macron les supplétifs qui lui manquent encore ; quant aux dissidents de la mouvance RN, ils affaibliront ses chances.

Dans les jours qui viennent on sera donc attentif à deux réactions, car l’émiettement des partis et la proportionnelle, ce n’est ni plus ni moins qu’une forme de retour à la IVe République. Il sera donc intéressant de voir qui, chez LR et au RN, est encore prêt à défendre mordicus l’une des clefs de voûte de la Ve République. La réaction de la majorité LR au Sénat nous montrera si le réflexe gaulliste est encore vivant chez eux. Quant à Marine Le Pen, elle a malheureusement toujours milité pour la proportionnelle. Emmanuel Macron ne manquerait pas de le lui rappeler. Dans la série de ses aggiornamento, celui-là serait capital si elle veut vraiment apparaître comme le leader d’une opposition sans concession à Emmanuel Macron. A moins qu’elle ne prenne Macron au mot et, qu’avec un socle de 20-25 %, elle ne réussisse à hisser le RN comme pivot d’une coalition alternative. Les choses sont donc loin d’être gagnées pour Emmanuel Macron.

Et puis il y aura la réaction de l’opinion : le peuple n’a jamais apprécié les bricolages institutionnels ou électoraux de convenance. En 1986, la proportionnelle voulue par Mitterrand pour sauver le PS n’empêcha pas l’élection d’un nette majorité de droite, et en 2001, l’instauration du quinquennat imposée par Jospin ne lui réussit pas non plus. En pleine crise économique et sociale, avec l’impopularité qui est la sienne, les Français ne goûteront guère qu’un président affaibli s’amuse à trafiquer le système électoral.

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