[SANTÉ] Féminisation de la médecine, le graal ?
Pour Le Parisien, c'est incontestablement une bonne nouvelle : « Pour la première fois cette année, les femmes sont plus nombreuses que les hommes parmi tous les médecins en activité, d’après l’Atlas annuel de leur ordre professionnel (CNOM). » Faut-il en conclure benoîtement avec nos confrères que « les patients devraient s'en réjouir ? » Et si, derrière le mantra idéologique selon lequel tout ce qui se conjugue au féminin est nécessairement un bienfait pour l'humanité, la réalité était un peu plus nuancée ? Pour tirer les choses au clair, BV a interrogé deux médecins en activité, deux profils diamétralement opposés qui font part de leur expérience du quotidien. Le Dr Philippe de Geofroy, que les lecteurs connaissent déjà, a plus de 50 ans. Chirurgien ORL, il a embrassé sa carrière dans les années 80 et préside une association catholique de médecins et d'infirmières (ACIM). Tandis que le Dr Marie Frament, dermatologue, est une jeune trentenaire mère de famille nombreuse.
« Les filles, plus travailleuses, sont mieux positionnées dans l'admission post bac »
L'année 2026 marque un point de bascule puisque, selon le CNOM, « les femmes représentent précisément 50,5 % de tous les praticiens en activité, contre 40,1 % en 2010 ». Le Parisien, qui coche la case du prêt-à-penser, y voit « la preuve que les disciplines scientifiques dans leur ensemble conviennent tout aussi bien aux femmes qu’aux hommes », critère sociétal d'importance puisque tout est fait pour encourager les filles à faire des études scientifiques au nom de la fameuse égalité filles-garçons. Pourtant, dans les facultés de médecine, nulle égalité en vue puisque ce sont précisément les filles qui y sont majoritaires (à 67 %).
Un chiffre qui n'étonne pas le Dr de Geofroy : « Plus travailleuses en fin de lycée et plus disposées que les garçons à se lancer dans des études longues, les filles sont favorisées par le mode de recrutement actuel et mieux positionnées dans l'admission post bac, où la mention TB est indispensable pour obtenir une inscription à la fac de médecine. » Un critère sélectif que regrette ce praticien qui, pour sa part, a entamé des études en 1978 « avec un bac mention passable, ce qui est inenvisageable actuellement ».
« La femme apporte son génie propre à ce métier »
Pour la dermatologue Marie Frament, il est tout naturel qu'une grande portion de femmes embrasse cette carrière. « C'est un métier qui, sur le plan psychologique et ontologique, correspond très bien à leur vocation : aider son prochain et prendre soin des autres. Elles ont le sens de la relation, de l'empathie et de l'accueil. » Peu entravée par l'idéologie féministe et sa narration convenue, la jeune médecin explique à BV : « La femme apporte son génie propre à ce métier qui a longtemps été masculin, non pas par désintérêt des femmes, mais juste parce qu'elles n'avaient pas accès aux universités scientifiques, notamment depuis la Renaissance. »
Cette mère de famille, mariée à un médecin en pneumologie et réanimation, qui élève quatre jeunes enfants en bas âge ne nie pas pour autant les difficultés concrètes de son choix de carrière : « Travailler comme médecin quand on est mère de famille relève parfois du défi physique ; il nécessite pas mal d'organisation, sur le plan du planning scolaire, des covoiturages et des gardes des enfants pendant les vacances, ainsi qu’une organisation hebdomadaire, pour anticiper les courses, les préparations des repas, du linge. » Pour ne pas « faire peser son surplus de stress et de fatigue sur sa famille », Marie a donc choisi d'adapter son métier à sa famille et non l'inverse. Elle concilie horaires professionnels et sorties d'école en exerçant dans un hôpital périphérique plutôt qu'au CHU de sa région, avec « une spécialité de consultation sans garde ni urgence ». Un choix personnel compréhensible adopté par bon nombre de ses collègues féminines qui n'est pas sans conséquences concrètes sur l'ensemble de la société...
La féminisation et désertification
Le tabou est difficile à lever, le CNOM l'effleure à mots couverts : « La féminisation est désormais majoritaire et structure durablement la profession, avec des impacts sur les temps de travail, les choix d’exercice et les besoins d’organisation collective. » Dans un contexte tendu, où 87 % du territoire métropolitain et ultramarin (et particulièrement les zones rurales) sont concernés par la désertification médicale, la France ayant perdu un médecin généraliste sur quatre depuis 2007, la question mérite pourtant d'être examinée de près. « La féminisation de la profession participe à la désertification, car les femmes médecins produisent moins de temps de travail », souligne le Dr de Geofroy, qui tient à préciser, toutefois : « Elle n'est cependant pas l'unique raison du manque cruel de médecins : actuellement, la jeune génération d'hommes travaille beaucoup moins que leurs prédécesseurs. Le salariat (moins de boulot et moins de revenus) est majoritairement choisi aujourd’hui, aussi bien par les hommes que par les femmes. »
Ce mode d'activité salariée en pleine progression est en effet plébiscité : c'est désormais, selon le CNOM, le premier mode d’exercice des médecins en activité : 47 % des effectifs exercent en mode salariat, contre 41,6 % en exercice libéral exclusif (et 11,4 % en activité mixte). Avec l'avantage des horaires encadrés, « on est loin du modèle du médecin de campagne sur le pont "H24" avec sa femme secrétaire bénévole qui a totalement disparu », conclut le Dr Philippe de Geofroy, qui rapporte cette anecdote éclairante à BV : « Un médecin de campagne de ma connaissance ne voulait pas abandonner sa patientèle. À 70 ans il trouve enfin une femme médecin (dont le petit copain habitait le village) qui lui succède, mais part au bout de deux ans parce qu’elle ne supportait pas qu’on vienne taper à sa porte en dehors des horaires de consultation pour des urgences. Le brave homme reprend du service. Un jour, il fait ses consultations du matin et se couche l'après-midi, un peu fatigué. Il ne s’est jamais relevé. Autres temps… » Pour sa part, le Dr Frament de rappeler : « Il faut quand même, quand on commence les études, être conscient que les places limitées par le numerus clausus nous engagent et ne pas s'arrêter en cours de route. C'est un engagement pour la société. » Avis aux futurs médecins !
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33 commentaires
Mon médecin est une femme. Compétente. Avenante. Le problème c’est qu’elle exerce 4 jours par semaine car elle veut passer le mercredi avec ses enfants..
Le réalisme familial et le pragmatisme domestique des femmes le conduit à limiter à 45 heures hebdomadaires maximum leur temps de travail alors que leurs homologues masculins, surtout en libéral, pouvaient dépasser les 60 heures, ne serait-ce que pour « rentabiliser » leur petite entreprise aux tarifs conventionnels étriqués.
il faudra donc au minimum 3 femmes là où deux hommes « suffisaient ».
Et gardons bien à l’esprit que les « 35 heures pour tous » de Martine Aubry en 2005 ont enclenché même chez les hommes une prise de conscience en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée dont le « Désert » ne se relèvera qu’au prix d’un changement de contrat libéral (tarif horaire de dignité, par exemple) .
La féminisation n’est pas un problème. Le vrai problème est posé par la photo du titre où le médecin s’occupe de son ordi à la place de son malade. Exit le « colloque singulier ». Hélas!
Femmes ou hommes, ce sont toujours des humains participant aux échecs et succès de l’humanité. « Lorsque les femmes auront le droit de vote, il n’y aura plus de guerres » (sous-entendu : le vote des mères ne le permettra pas) – c’était un des slogans des suffragettes autrefois auquel elles croyaient fermement. Je suis femme et heureuse de l’être, mais n’ai jamais eu d’illusions sur la prétendue supériorité de notre sexe sur l’autre.
Bravo aux filles qui reussissent meiux dans leurs études ( et les études de médecine ne sont pas les plus faciles ) et aux femmes médecins souvent mères de surcroit… Eh oui, au sexe féminin, aucune facilité n’est accordée, elles doivent tout réussir… et souvent, elles y arrivent !
Bravo à ces dames mais le futur me paraît incertain pour elle! Avec l’islamisation galopante de la France et la charia déjà largement installée dans de nombreuses villes et quartiers, je pense que ça va être compliqué. Je veux pas être alarmiste mais seuls ceux qui partent vivre régulièrement à l’étranger pour plusieurs années, pour ensuite revenir en France se rendront compte que la claque est bien visible à chaque retour au pays. Je n’imagine même pas l’état de la France dans 10 ou 20 ans et le statut de la femme !
De toute manière à quelque sexceptions très rares elles sont meilleures que les hommes… et ça commence même à l’école primaire alors…
Le dr de Geofroy parle de sa mention « passable » il y a 48 ans! Un demi-siècle d’évolution de l’instruction nationale! Y aurait-il un rapport avec l’érosion des diplômes et des connaissances?
Je suis partisan des femmes, j’ai pour médecin une femme, et idem pour l’avocat, vétérinaire, dentiste, dame de ménage, hihi, j’ai choisi une femme pour une grosse chirurgie dans mon capot, je sui s un peu comme Eddy Mitchell, j’ aime les filles…Toutefois, ma femme médecin me fait des tours quand j’en ai besoin elle est en vacances scolaires avec sa famille, ou bien ..en congé de maternité, adressez vous au docteur…etc. Bon je reste chez elle pour autant !
Le masochisme est une constante pour le genre masculin…:-))
C’est un masochisme très facile à surmonter…rassurez-vous. Comme enfants je me suis fabriqué, avec madame, deux filles et je me réjouis encore trente ans plus tard. Bonne fin de semaine !
Il faut entendre les hurlements et revendications des féministes lorsqu’à des postes à responsabilité elles sont moins nombreuses que les hommes. Réclamer à corps et à cri la parité et l’égalité. Et lorsqu’elle sont plus nombreuses, des félicitations s’imposent sous la formule « On est plus nombreuses, la parité est atteinte »….