Editoriaux - Politique - Religion - 23 octobre 2019

Le PCD un parti « communautaire » ? Si on arrêtait les comparaisons spécieuses auxquelles personne ne croit ?

« Et en quoi une liste communautaire musulmane vous poserait-elle un problème ? Il y a bien le PCD ! » Ça, c’est envoyé. Ça vous en bouche un coin, hein ? Sourire satisfait de celui qui a dégainé la botte de Jarnac, l’arme secrète, l’éternel joker, le bouton nucléaire paralysant le téméraire contradicteur, pulvérisant ses objections et les dispersant façon puzzle.

Cela se décline de mille façons. Le hijab ? Et le voile des religieuses, alors ? D’ailleurs – Alain Juppé si tu nous écoutes -, toutes nos mères portaient jadis des foulards et, à y regarder de plus près – Aurélien Taché, es-tu là ? -, ce n’est rien d’autre qu’une variété de serre-tête, élément fantasmagorique de la garde-robe féminine catholique. Le halal à la cantine ? Mais on a eu du poisson le vendredi pendant de si nombreuses années ! La hauteur de ce minaret ? Mais que dire des nombreux clochers tout autour, si l’on faisait une comptabilité serrée, l’islam a encore un grand déficit à combler ! Qui le nierait ?

Et si l’on déroule la bobine, on n’en voit pas la fin : viendra le temps de l’appel du muezzin – quelle différence avec l’angélus qui incommode, à la campagne, les rurbains ? – puis celui des jours fériés – qu’on laisse Noël, soit, puisque cela fait plaisir aux enfants, mais par esprit d’équité et pour rééquilibrer, il faut donc troquer Pâques ou l’Ascension contre l’Aïd.

Restera, évidemment, l’inextricable problème des calvaires sur nos routes, des indénombrables saints, parfois baroques et remontant à la nuit des temps, donnant leur nom à nos rues, nos villages et nos villes, des multiples expressions qui émaillent notre langue (on vit un calvaire et l’on pleure comme une madeleine quand un faux ami nous donne le baiser de Judas), des cours de littérature et de philosophie, et même de notre savoir-vivre, fine pointe de cette vertu théologale qu’est la charité… l’ampleur de la tache donne le vertige, n’est-ce pas ?

Car tirer ce fil, c’est détricoter toute notre société, qui a été tissée, brodée et reprisée par le christianisme, un point en dessus, un point en dessous, parfois voyant, parfois fin et léger, selon les époques qu’elle a traversées.

On peut passer des heures à démontrer l’évidence, justifier ce qui va de soi, expliquer laborieusement à des sophistes qui font mine de ne pas comprendre en quoi le PCD n’est pas un parti communautaire, déployer des trésors de pédagogie à énumérer les mille et une différences entre la petite croix dans le col de Valérie Boyer et le hijab de telle militante de l’UNEF comme si tout le monde ne les voyait pas. On peut réinventer l’eau chaude et le fil à couper le beurre, enfoncer les portes ouvertes et convoquer monsieur de Lapalisse sur tous les plateaux télé… mais c’est, en fait, toute la logique laïciste qui est biaisée et nous garrotte de tous côtés. Au-delà des différences intrinsèques des deux religions, au-delà du danger que représente ce communautarisme, cheval de Troie de l’islamisme, il y a surtout une réalité : exiger la même visibilité et la même place pour le christianisme et l’islam dans notre société, c’est, par essence, nier celle-ci. Parce que l’un en est constitutif et que l’autre ne l’est pas.

Emmanuel Macron semblait avoir tout compris quand il disait du voile islamique, en avril 2018, sur BFM TV, qu’il n’était « pas conforme à la civilité dans notre pays ». Sauf qu’il n’a jamais voulu expliquer, clairement, simplement, tranquillement et sans animosité, ce qu’il entendait par là et les conséquences qu’il fallait en tirer. Et nous en sommes donc là…

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