Il y a quelques semaines, les conservateurs américains les plus durs (ceux du « Tea Party ») ont réagi très violemment aux propos du pape François : il a dénoncé le fonctionnement actuel des marchés financiers. Ils ont même dit que le pape est marxiste !

Quelle flatterie pour le chef de l’Église catholique de voir ainsi sa parole mise en évidence ! Ses détracteurs, en l’incriminant, ont donné une amplification extraordinaire à ses propos. Ont-ils eu peur ? Le pape devient un bouc émissaire ; il cristallise toute l’agressivité propre à la préservation d’un système qui oublie si souvent la valeur humaine.

Il n’est pas question ici de défendre un point de vue religieux. Croyants ou non-croyants peuvent trouver dans cette polémique une opportunité et un peu de fraîcheur dans la pensée.

Ainsi le pape, originaire d’Amérique du Sud, a été confronté à de nombreux moments de sa vie à la théologie de la libération, d’inspiration marxiste. Pour autant, il n’a pas, selon son témoignage, adhéré à de telles thèses.

Cela aurait d’ailleurs été un comble : pour Marx, la religion, « c’est l’opium du peuple ». Le marxisme n’a pas de considération pour l’individu ou la personne : la superstructure organise le fonctionnement de la société, et la dictature du prolétariat ne fait pas de cas des situations individuelles. C’est un totalitarisme. Enfin, le Vatican se place toujours dans une perspective « régulière » plutôt que « séculière » : il ne suit pas la mode des idées.

Lorsque le pape s’en prend au fonctionnement actuel des marchés, il invite, au-delà des croyances religieuses, à réfléchir et à se demander ce qu’est le monde que nous avons construit.

Il ne fait que reprendre la doctrine sociale de l’Église, établie par Léon XIII en 1891, et Pie XI en 1931. Cette pensée, formalisée au cours du temps, par des interventions sur les thèmes sociaux, n’a pas vocation à définir les rapports économiques, politiques ou sociaux. Elle repose sur quatre chapitres :

– La dignité de la personne humaine ;
– Le bien commun ;
– La subsidiarité ;
– La solidarité.

Elle représente une invitation personnelle pour chacun à prendre conscience et à pratiquer une nécessaire attention fraternelle, sans idéalisme ni angélisme. Du coup, elle met forcément en exergue les excès des systèmes politiques ou économiques (même s’ils sont basés sur « la liberté ») vis-à-vis de l’Homme. Que chacun ait un discernement particulier !

Dans notre monde déboussolé, il est courageux pour un homme qui n’a pour seule arme que sa parole de rappeler cette pensée et de mettre en garde. Lorsqu’il déclare à propos du chômage « Cette souffrance finit l’espérance, ce manque de travail conduit à se sentir sans dignité », il invite nos dirigeants à réellement traiter les problèmes, intelligemment, au-delà de leur devenir personnel.

La France est un État laïc : osons considérer l’apport philosophique de cette doctrine qui pourrait peut-être rénover notre devise : liberté, égalité, fraternité.

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