Editoriaux - Médias - Polémiques - Presse - 1 novembre 2019

Le journal Le Monde enterre prématurément Bernard Tapie

On n’était pourtant pas le 1er avril mais, en cette veille de la Toussaint, le journal Le Monde a annoncé la mort de Bernard Tapie. Une nécrologie, intitulée « La mort de Bernard Tapie, l’homme aux mille vies », a, en effet, été publiée hier sur son site Internet, avant d’être retirée. Bernard Tapie, qui n’a pas perdu son humour, a commenté : « L’annonce de ma mort par Le Monde est, comme disait Mark Twain, très exagérée. »

On sait que les grands médias, pour ne pas être pris de court, ont l’habitude de rédiger par avance la nécrologie de personnalités. Peu confiant dans sa combativité, ce journal devait penser que Bernard Tapie disparaîtrait d’un jour à l’autre. Le Monde a expliqué que cette publication était due à une « défaillance technique ». Quand la technique remplace les hommes, on a parfois des surprises !

L’anecdote en resterait là si on ne se souvenait pas que Christine Boutin, en 2016, avait malencontreusement annoncé la mort de Jacques Chirac. Le Monde ne l’avait pas alors épargnée, écrivant : « Abstraction faite de la froideur dont Christine Boutin a fait preuve en annonçant à tort le décès de Jacques Chirac avec autant de nonchalance, il résulte de son passif d’internaute un constat que nul ne saurait trop répéter : Christine Boutin n’est pas une source fiable. » Si l’on suit le même raisonnement, on en tire la conséquence que ce journal n’est pas, non plus, une source fiable.

Le Monde a toujours été un journal engagé, ce qu’on ne lui reprocherait pas s’il ne se targuait pas d’être un « quotidien de référence », avec un côté « donneur de leçons ». Les plus anciens d’entre vous ont peut-être en mémoire la façon dont il traitait la guerre d’Algérie. Pas question, pour lui, de reconnaître que les officiers et les civils qui se sont opposés à l’indépendance de l’Algérie pouvaient avoir des motivations nobles et que la fidélité à la parole donnée valait bien la complaisance à l’égard des « porteurs de valise ». En cet anniversaire de la Toussaint rouge, qui marqua le début de la guerre d’Algérie, il est bon de se le rappeler.

Aucun journal n’est à l’abri d’une fausse information : quand elle est involontaire, c’est une faute vénielle. Mais quand il se livre délibérément à des insinuations, on peut s’interroger sur son honnêteté intellectuelle. Ainsi, dans un éditorial du 1er octobre, Le Monde s’en prend à Éric Zemmour, écrivant que le polémiste « manipule et attise des peurs réelles de tout temps liées à l’immigration, qu’il mêle à ses propres fantasmes coloniaux ». Preuve d’objectivité ou de parti pris ?

Pire, quand cet éditorial affirme qu’« on le sait depuis 1945, les crimes contre l’humanité ont commencé par des mots », qu’il emploie les termes de « stigmatisation, exclusion, expulsion, extermination » et conclut par une réflexion de l’auteur italien Primo Levi, à son retour d’Auschwitz – « Au bout de la chaîne, il y a le camp » –, on peut légitimement se demander qui veut diviser les Français et qui cherche à les monter les uns contre les autres. Les lecteurs du Monde méritent mieux.

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