Editoriaux - Santé - 1 novembre 2019

L’homéopathie condamnée pour délit de placebo : comment l’expliquer à mon chien ?

La décision récente du ministre de la Santé de dérembourser l’homéopathie, qui ne répond à aucune urgence ni priorité de santé publique, a déjà des conséquences négatives sur l’industrie pharmaceutique. Les laboratoires Boiron et Lehning, principaux concernés, viennent de saisir le Conseil d’État en vue d’obtenir l’annulation des deux décrets concernés. En attendant une improbable contre-décision, Boiron voit déjà son chiffre d’affaires, pour le troisième trimestre 2019, baisser de 8,2 % par rapport à la même période en 2018. Rappelons que le taux de remboursement de l’homéopathie passera, finalement, de 30 % à 15 % en 2020, puis à 0 % au 1er janvier 2021, pour cause d’« efficacité insuffisante », selon la Haute Autorité de santé (HAS). Tout avait commencé par une tribune de 124 médecins, à laquelle les homéopathes ont répondu par des plaintes pour non-confraternité.

Alors qu’un tiers des Français y recourent comme médication douce alternative ou complémentaire, comme on l’avait déjà dit ici , l’économie sera minime – 120 millions d’euros par an -, comparée aux 13 milliards du remboursement de médicaments. Double peine : leur TVA augmentera de 2,1 % à 10 %. En revanche, on n’a pas évalué les économies faites en traitements lourds et interventions chirurgicales évités, auxquels les « homéopathocrédules » auraient dû recourir, plombant moins les comptes de la Sécurité sociale que les médico-dépendants chroniques. Il paraît, pourtant, que « les gros consommateurs d’homéopathie ont tendance à utiliser plus de soins en général » (dixit Mme Buzyn dans une interview accordée au Parisien le 9 juillet dernier). Tiens donc, on avait plutôt l’impression et des exemples inverses. Erreur, car « les études ont parlé ! »

Mais alors, comment expliquer à mon chien Hunter, qui se remet bien de saignements grâce à la prise bien dosée de Pulsatilla 15ch, qu’il se trompait en accordant une foi aveugle en ces petites billes blanches qui parsèment sa ration quotidienne ? Et que, finalement, on aurait dû recourir à une intervention chirurgicale lourde ? Ne subira-t-il pas un choc émotionnel qui nécessitera une prise en charge psychologique coûteuse ? Est-ce que son maître – pardon, son co-vivant – ne risque pas d’être assigné en justice par le Parti animaliste ? Quel dilemme…

Cette « période de transition » permettra de « se laisser le temps de la pédagogie » auprès des patients, a expliqué Agnès Buzyn, selon la même approche paternaliste que son camarade Castaner, quitte à nous mentir pour notre bien. On peut s’interroger sur les raisons sous-jacentes à cette pédagogie infantilisante qui crée des problèmes là où il n’y en a pas. S’agit-il de faire diversion d’autres problèmes plus graves ou de condamner par principe une pratique naturelle assimilée à une tradition, concept honni par les progressistes et les scientistes ? Coïncidence, la fondation Bill & Melinda Gates, engagée dans la lutte contre le paludisme, a déclaré récemment aux promoteurs d’une plante utile à la prévention de cette maladie parasitaire, l’artemisia, aux effets positifs si elle est ingérée correctement, que « M. Gates ne croit pas au pouvoir des plantes ». Quel modèle de sagesse, si riche et pourtant si pauvre…

Pour montrer l’exemple en guise d’argumentaire, le ministre Buzyn déclare ne pas consommer d’homéopathie : « En cas de fièvre, [mes enfants] avaient le droit à de l’aspirine ou du paracétamol, un point c’est tout. » Elle est bien placée pour savoir qu’« à compter de janvier 2020, les produits contenant du paracétamol, de l’aspirine et certains anti-inflammatoires ne [seront peut-être] plus en libre-service dans les pharmacies ». Selon la même méthode publique « providentielle » d’interdire plutôt que de responsabiliser les citoyens par un usage libre et raisonnable, comme nous le faisons nous-mêmes depuis des décennies, et ce, depuis que l’Allemand Samuel Hahnemann a découvert l’homéopathie à la fin du XVIIIe siècle.

Pauvre Hunter ! S’il ne s’en remet pas, son successeur se nommera Placebo. Pour soulager le chagrin sans frais d’antidépresseurs. Car, pourtant, ça marche et ce n’est pas cher ! C’est peut-être son principal défaut ?

À lire aussi

De Messines à Médine, le travail de sape des tunneliers djihadistes

Le processus de « balkanisation » de la France, par fragmentation et division interne, cré…