Édouard Philippe : son plan rantanplan pour la Seine-Saint-Denis

« 10.000 € à celui qui réussit à tenir cinq ans dans le département de la ! Approchez, Mesdames, Messieurs les fonctionnaires ! Par ici, les téméraires, par ici, les valeureux ! Qui veut tenter sa chance ? »

Pour les besoins de son plan pour la Seine-Saint-Denis, Édouard Philippe se fait bateleur de fête foraine. À la manière de ces attractions d’antan où, juché sur une estrade, un bonimenteur faisait miroiter une prime mirobolante à toute personne qui parviendrait à terrasser le colosse maison, debout à ses côtés en maillot léopard, le Premier ministre promet monts et merveilles aux agents des services publics qui réussiront à survivre cinq ans dans l’enfer de la banlieue nord.

Dans sa version moderne, l’annonce peut s’apparenter à une épreuve de « Fort Boyard ». En plus difficile. Le colosse, les tigres, les araignées et le saut à l’élastique réunis en un seul lieu. À la porte d’Aubervilliers, Olivier Mine retournera la clepsydre remplie d’eau bleutée et les malheureux entreront dans le département maudit. Sur un écran, quelques collègues restés au dehors encourageront les concurrents… « Allez, tu peux y arriver ! Plus que quatre ans et demi ! »

Vidéosurveillance renforcée, installations des médecins prises en charge jusqu’à 100 %… Des ponts d’or pour les inconscients prêts à s’aventurer en ce territoire hostile. Matignon passe en mode « Française des jeux » : 100 % des gagnants ont tenté leur chance dans le 93. Certains en reviennent indemnes ! Et cousus d’or !

Une fois de plus, le satané Zemmour vient dire tout haut ce que beaucoup osent à peine penser tout bas : « Le problème de la Seine-Saint-Denis, c’est l’immigration, pas la police ou le logement. » Face à lui, sur le plateau de CNews, les mêmes faux-semblants. Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, revoici la faute à l’urbanisme, la faute aux transports, la couleur des murs, l’âge du capitaine… À venir : la faute au dérèglement climatique.

En tant que copier-coller des gouvernements précédents, la Macronie perpétue le folklore désormais bien établi du plan banlieue. À défaut d’en finir avec le laxisme ambiant, avec la peur de l’embrasement et autres terreurs de poules mouillées, le gouvernement Philippe ressort le biniou cracheur de fric. Cette finance miraculeuse qui, d’un seul coup d’un seul, transformera le loup en agneau, le cannabis en pâte à modeler et la mosquée salafiste en temple bouddhiste.

Dans son numéro de pyromane qui finance la caserne des pompiers, Édouard Philippe fut impeccable. Plan, plan, plan, rantanplan… Et quel sens du rythme !

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