« Same Lindsay » : la tendance féministe qui transforme une meurtrière en victime

Alors qu’elle est jugée pour le meurtre de ses trois enfants, Lindsay Clancy reçoit le soutien de nombreuses féministes.
Capture d'écran
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« La puérophobie - peur de l’enfant, d’en avoir, d’en subir la présence - se porte très bien », constatait, en mars 2025, dans les colonnes du JDD notre directrice de la rédaction, Gabrielle Cluzel. Elle évoquait alors la natalité française en berne, mais aussi cette intolérance croissante à l’égard des enfants, dont la présence dans certains espaces publics est devenue une gêne pour beaucoup. Elle ne croyait peut-être pas si bien dire, car outre-Atlantique, cette puérophobie qui, disait-elle alors, ose « s’afficher, insolente » pousse aujourd’hui le vice encore plus loin dans une tendance qui circule sur les réseaux sociaux.

« Same Lindsay » : Je te comprends, Lindsay

Deux mots, seulement, pour accompagner les vidéos que publient des mères d’enfants en bas âge, se filmant en silence, en larmes ou visiblement épuisées, avec leur bébé dans les bras ou en arrière-plan. Les vidéos sont accompagnées d’une bande-son où un père décrit la solitude et l’épuisement qui peuvent accompagner les premières années de la vie d’un parent après la naissance de son enfant.

Sans contexte, ces mises en scène pourraient n’être qu’une énième manifestation de cette époque où chaque instant de vie, joyeux ou difficile, doit être filmé et partagé sur les réseaux sociaux. Mais par « Same Lindsay », il faut entendre « Je te comprends, Lindsay ». En réalité, elles constituent un soutien à Lindsay Clancy, cette Américaine jugée depuis le 11 juillet aux États-Unis pour le triple infanticide de ses enfants en 2023, alors qu’elle souffrait d’une dépression post-partum.

Une meurtrière comme nouvel étendard des féministes

Les juges devront déterminer si, oui ou non, Lindsay Clancy peut répondre de ses actes devant la Justice américaine, alors que la meurtrière affirme qu’elle souffrait de psychoses liées à sa dépression post-partum au moment des faits. Mais aux États-Unis, des femmes n’ont pas attendu le verdict pour apporter un soutien massif à l’ancienne infirmière de 35 ans, jugée dans le Massachusetts. Vêtues de rose, formant des cœurs avec leurs mains à l’arrivée de la prévenue, une foule de femmes assiste, en ce moment, au procès de Lindsay Clancy, qu’elles couvrent d’applaudissements, de cris de soutien et de « mercis ». Elles sont là, disent-elles, car Lindsay « aurait pu être une sœur, une amie ou elles-mêmes ».

Mais si elles sont si nombreuses à s'être empressées de se reconnaître en la meurtrière au prétexte d’être les victimes d’une société qui ne prend pas en compte les difficultés de la maternité et de la dépression post-partum, les psychoses susceptibles d’avoir aboli le discernement de Lindsay Clancy sont en réalité beaucoup plus rares. En France, par exemple, elles ne touchent environ qu’une femme sur mille, révèle Ouest-France.

La mère de famille a peut-être été mal diagnostiquée et soumise à un traitement inadéquat de la part de ses médecins, comme le soulèvent les débats juridiques, mais le mouvement de soutien des féministes américaines semble, quant à lui, surtout relever d’un réflexe pavlovien consistant à considérer systématiquement qu’une femme coupable ne peut avant tout qu’être victime. Victime de la société, de ses injonctions, de sa féminité qui lui permet d'être mère… mais surtout victime.

Du féminisme au regret de la maternité

Ici, la « puérophobie » ne se manifeste pas tant dans le dégoût, la haine ou la peur de l’enfant que dans l'incrimination du statut maternel des femmes.

Ce mouvement a déjà mis un pied en France avec le concept du « regret de la maternité », qui a pris un véritable essor sur les réseaux sociaux lorsque, à la suite des mères d’outre-Atlantique, des Françaises ont voulu témoigner de leur regret d’avoir mis au monde leurs enfants, ou d’endosser le rôle maternel qui consiste à prendre soin de sa progéniture, à rester à la maison, à sacrifier une carrière, une image physique et sociale. Astrid Hurault de Ligny publiait déjà, en 2022, son témoignage, Regret maternel, dans un livre qui dénonçait les injonctions à la maternité, le poids de cette dernière sur les femmes, la nécessité de s’éveiller au féminisme, etc.

Symptôme d’une société où chacun est devenu le centre de sa propre existence, ce regret de la maternité prend sa source chez celles qui ont cru pouvoir s’y épanouir comme on s’épanouit aujourd'hui dans une relation, une carrière ou un hobby : pour soi, et tant que cela nous rend heureux. Aimer ses enfants, oui ; détester son rôle de mère, aussi.

Ce que ces femmes n’avaient pas compris, c’est que la maternité est peut-être le seul statut que l’on choisit pour s’épanouir, mais dans lequel on finit par aimer faire passer l’autre avant soi. Et que c’est là que réside le véritable héroïsme.

L’effacement de l’héroïsme maternel

Il y a dix-neuf ans, le 21 août 2007, la première pilote de chasse française, Caroline Aigle, s’éteignait à 32 ans des suites d’un cancer foudroyant. Quelques jours avant de mourir, elle accouchait par césarienne de son deuxième enfant, né à cinq mois et demi de grossesse, lui donnant la vie avant son dernier souffle à elle.

Elle aurait pu être portée aux nues par celles qui n’attendent que de pouvoir être libres et ambitieuses. Mais les féministes occidentales se choisissent souvent d'autres héroïnes.

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