Nous apprenions, jeudi dernier, par un communiqué du ministère des Sports, la création de « référents éthique et intégrité » pour « lutter plus efficacement contre les actes LGBTphobes dans le milieu sportif ». Passé le stade du fou rire nerveux, puis celui de la consternation, vient le temps de l’analyse à froid.

Par la place qu’il occupe dans nos vies, le sport est aujourd’hui l’une des composantes de notre identité et de notre civilisation. Et c’est à ce titre qu’il est, comme tous les autres domaines de l’espace culturel contemporain (cinéma, musique), submergé par la diarrhée mentale d’importation anglo-saxonne qui s’abat sur le monde occidental, à travers la double pression d’un matraquage médiatique qui précède – comme souvent – une dimension institutionnelle.

La Coupe du monde féminine de football disputée en France, l’an dernier, aura donné lieu à une gigantesque réadaptation orwellienne du conte d’Andersen Le roi est nu. J’avoue même avoir éprouvé de la compassion pour les joueuses, qui se sont fait confisquer leur événement par les opportunistes de tous bords – politiques, médias, annonceurs – et la horde des habituels suiveurs, chroniqueurs et autres idiots utiles accourant pour assurer le service après-vente et célébrer la fin du monopole des hommes sur le sport roi. Le lendemain de la finale, le carrosse redevint évidemment citrouille, jocrisses et tartuffes abandonnant les filles en rase campagne, dans l’anonymat des matchs disputés devant 200 spectateurs dans un néant médiatique absolu.

Un an auparavant, c’est la cérémonie de remise du Ballon d’or qui plongea le téléspectateur dans l’incompréhension et le malaise. Un show à l’américaine digne des MTV Music Awards, animé par un Bob Sinclar enchaînant les bides, nous condamnant à deux heures très pénibles au cours desquelles le football fut relégué au second rang, derrière un enchaînement de niaiseries en tous genres et de discours centrés sur les causes morales et divers lieux communs du moment.

À l’été 2020, la vague Black Lives Matter déferla sur un monde du sport déjà mis KO debout par la crise sanitaire et les annulations d’événements majeurs. Pendant un mois, il fallut compatir, plaindre et gémir, subir les minutes de silence avant les matchs, les célébrations de buts, genoux au sol, et lire chaque matin, dans L’Équipe, les tribunes anti-Trump des sociologues Thierry Henry, Lilian Thuram et Vikash Dhorasoo.

Cette hystérie médiatique fut donc accompagnée d’un volet ministériel à travers la série de mesures destinées à lutter contre l’homophobie (notamment celle prévoyant d’arrêter les matchs en cas d’insulte homophobe), ce qui eut tout de même le mérite de nous offrir un savoureux moment de télévision lorsque Jean-Jacques Bourdin, demandant à Marlène Schiappa où se situait la dimension homophobe du cri « Arbitre enculé », se vit répondre en direct que « dans la sodomie, il y a le pénétrant et le pénétré, et être le pénétré c’est avilissant donc homophobe ».

Si les injonctions du politiquement correct ont trouvé refuge dans le football – l’opium du 21e siècle -, c’est bien évidemment parce qu’il est un pilier de l’espace social et culturel des Européens masculins et qu’il est, à ce titre, à l’instar de Netflix pour les très jeunes générations, un cheval de Troie, un canal de perfusion intraveineuse par lequel on injecte des doses subliminales d’idéologie diversitaire (féminisme, égalitarisme, antiracisme, multiculturalisme) dans le cerveau du patient. Ce dernier se voit contraint d’épouser ces nouvelles causes transnationales s’il ne veut pas subir les foudres du bannissement (réseaux sociaux), voire de l’exclusion sociale, sort promis aux réfractaires et autres « propagateurs de haine » qui refusent de se dissoudre dans le courant néo-libéral des bâtisseurs du nouveau monde globalisé.

19 octobre 2020

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