Le décolonialisme, une idéologie de collabos

Mon collègue Driss Ghali signe, dans les colonnes de Causeur, un bel article sur l’idéologie décoloniale. Il dit, en résumé, que le décolonialisme ne sert à rien. Philosophiquement, je suis d’accord : le décolonialisme n’est pas un raisonnement ou un questionnement, mais une pure assertion victimisante. Il n’est construit sur rien de sérieux et ne peut rien construire de sérieux. Il n’a pas d’avenir philosophique, mais il a une logique politique.

En effet, il est certain que les philosophies victimisantes enferment ceux qui les croient dans une impossibilité d’action, parce que la base de toute action est une responsabilisation : un retour sur soi, une analyse de ses erreurs et une décision de corriger. Si le discours est « On ne me doit rien et personne ne m’attend, donc je vais le faire », l’action peut être efficace. Elle est motivée et motivante parce qu’elle s’enracine dans une vraie liberté. Si, par contre, le discours reste « On me doit ça parce que je suis ça », le sentiment de « dignité offensée » fera croître une certaine forme de contentement de soi, avec une haine du monde et des autres qui poussera à l’enfermement et à l’inaction. C’est le principe même de l’aliénation, et cela est vrai pour toutes les philosophes victimisantes, y compris celles qui touchent, aujourd’hui, les femmes et toutes sortes de minorités. La victimisation est un piège.

Les politiques, intellectuels ou activistes qui promeuvent ces philosophies savent cela parfaitement, qui n’ont pas en tête la « libération » de ceux qu’ils prétendent défendre, mais leur instrumentalisation au service de leurs propres objectifs : prise de pouvoir ou autopromotion. Ainsi, les bolcheviks, en 1917, se fichaient de l’aliénation du peuple par le pouvoir du tsar. Ils ne voulaient nullement le « libérer » mais prendre la place des anciens chefs et poursuivre l’aliénation pour leur propre profit, et c’est ce qu’ils ont fait.

Les activistes de l’indigénisme ne sont pas de vrais « libérateurs ». Mais quels intérêts servent-ils, en réalité, en enfermant les Africains dans la « trappe idéologique » de la victimisation raciale ? De nombreux intérêts :

D’abord, ceux des leaders de ces pays, qui préfèrent diriger des irresponsables animés d’une haine fantasmée contre l’Occident plutôt que des peuples conscients des innombrables souffrances sociales et autres corruptions et injustices bien réelles que ces leaders leur font subir. Ainsi, le gouvernement malien, d’un côté, réaffirme à Pau la nécessité de la présence française et, de l’autre, dans son propre pays, laisse se développer, chez les jeunes en particulier, le ressentiment vis-à-vis de la France. Les exemples dans ce sens sont innombrables. La caricature de ce type de politique est l’Algérie, où le discours permanent antifrançais sert de paravent à l’un des régimes les plus inefficaces et les plus corrompus au monde.

Ensuite, tous les gouvernements du reste du monde. En effet, dans la « foire d’empoigne » brutale que sont les relations internationales, chacun préfère avoir affaire à une contrepartie diminuée, qui acceptera ce qu’on exige d’elle, plutôt qu’à un pays sûr de sa réussite. Avec qui pense-t-on qu’il était plus facile de parler, avec la Chine du XIXe siècle ou avec celle d’aujourd’hui ?

Enfin, les forces du marché. Elles ont les mêmes préoccupations que les gouvernants extérieurs : discuter d’un quota pétrolier ou d’un contrat d’armes avec les dirigeants d’un pays faible est tellement plus facile !

Tout le monde a intérêt à aliéner les peuples. Ceux qui en font la promotion sont soit des révolutionnaires (qui ont comme objectif de prendre le pouvoir) soit des collabos (qui servent les intérêts de leurs adversaires). Les indigénistes n’ont, évidemment, pas comme objectif premier de prendre le pouvoir. Bien installés en France, où ils bénéficient à plein du système sympathique et laxiste (système social, économique, protection juridique et politique, liberté d’association, liberté de presse, etc.) que l’on met gentiment à leur disposition, ce sont de purs collabos :
– des collabos en Afrique et au Maghreb, car ils aident à donner un paravent de respectabilité et des armes contre leurs peuples à des régimes iniques et incompétents,
– des collabos en France, car ils aident les élites en place à aliéner les immigrés et leurs descendants en les convainquant de leur impuissance (« pas la peine de travailler, c’est la faute du racisme d’État ») et de leur supériorité morale (« Tu es né parfait, donc c’est à la France et au monde de te faire une place et de te présenter des excuses »).

Derrière leurs beaux discours sur l’injustice raciale, leur jeu est néfaste et pervers. Ils enchaînent ceux qu’ils disent libérer et ils donnent des armes à leurs adversaires. Ce serait bien qu’on le leur dise. Ça ne les ferait sans doute pas changer de discours, mais ça les rendrait peut-être un peu moins arrogants.

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