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Editoriaux - Société - 15 février 2020

Affaire Griveaux : vie privée, vie publique, vie tout court

Ne nous racontons pas d’histoires : nous aimons bien savoir ce qui se passe derrière le rideau. Toute l’histoire de l’humanité tient peut-être là-dedans ! Si la presse people a tant de succès, ce n’est pas un hasard. « Vie privée, vie publique », l’émission de Mireille Dumas, diffusée de 2000 à 2011 sur France 3, fit le bonheur d’un certain public et de beaucoup de personnalités désireuses de lever le voile sur leur vie intime.

Comme quoi le voyeur et l’exhibitionniste peuvent faire bon ménage. Le tout étant de rester dans des limites acceptables : en gros, de l’érotisme, pas de pornographie ! Pas simple, là aussi, de fixer la frontière. Toute l’histoire des nations tient aussi un peu dans cette question : où fixer la frontière ? En 1998, alors que l’affaire Lewinsky éclaboussait Bill Clinton, Jack Lang déclarait, le sourire gourmand aux lèvres : « Chacun, citoyen normal ou président, a droit à son jardin secret. » À condition qu’aucune branche ne dépasse chez le voisin. Lorsqu’en 2017, en pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron et sa femme faisaient la une de Paris Match quatre fois en moins d’un an, on pouvait se dire que la vie privée du candidat commençait à faire sérieusement de l’ombre dans le jardin public avec, notamment les « photos de l’album intime » du couple (avril 2016), les « vacances en amoureux avant l’offensive » (août 2016).

Souvent aussi, les voyeurs pointent le bout de leur nez et leurs yeux à défilement du mur mitoyen pour espionner ce qui se passe dans le jardin d’à côté. Des fois que la voisine (ou le voisin) se balade à poil… Et qu’elle (ou il) le fait exprès, sachant très bien qu’on l’observe. En plus, il y a de moins en moins de tessons de bouteille incrustés au sommet des murs d’enceinte !

Vie privée, vie publique : le débat n’est pas d’hier. Louis XIV n’avait pas vraiment de vie intime. Une preuve, entre autres : le Roi-Soleil recevait sur sa « chaise d’affaires » où se traitaient les affaires courantes les plus naturelles qui soient chez un être vivant. Son arrière-petit-fils, Louis XV, revendiquait, comme on ne disait pas encore à l’époque, son droit à l’intimité pour y faire ses petites affaires et recevoir à souper qui bon lui semblait, sans le carcan protocolaire. Derrière les Grands Appartements se cachaient les appartements privés. Louis XV avait sa chambre où il dormait, pièce peu éloignée de celle de son aïeul où il devait se rendre le matin pour le lever officiel.

Pour traverser les siècles à grandes enjambées et pour paraphraser Boileau, enfin Internet vint. Vie privée et vie publique cohabitent, concubinent de plus en plus étroitement. Avant, on partait le matin avec son petit chapeau, avec son petit manteau, comme chantait Brel, ou avec son bleu de travail et sa casquette. On rejoignait le bureau, l’usine. Aujourd’hui, moins d’usines, de bureaux, plus d’open space. On télétravaille. On tient des vidéoconférences, des conference calls. Et on télé-machine aussi plein d’autres choses : la preuve par Griveaux. On est en vacances, en RTT, le patron – pardon, le manager, le chef de projet – appelle à point d’heure. « Je ne te dérange pas ? » « Bien sûr que non, dis-moi. » Alors que oui et que l’on est peut-être à ses petites affaires qui ne regardent pas le boss. En principe. Car le boss épie aussi ce que le « collaborateur » raconte, publie sur les réseaux sociaux.

Grands Appartements, appartements privés, côté cour, côté jardin : tout ça, c’est fini. Un grand tout, un grand foutoir. Poussons le bouchon : la mondialisation dans son salon. , victime de ce qu’il a adoré ?

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