Accueil Editoriaux Le Covid-19 appelle un nouveau paradigme de gestion de crise
Editoriaux - Réflexions - Société - 21 mars 2020

Le Covid-19 appelle un nouveau paradigme de gestion de crise

La crise sanitaire du Covid-19 pose un défi mondial à des sociétés individualistes, où les appels publics à une civilité indéfinie et vide de référence morale sont inaudibles et donc vains. Aggravée par une crise profonde de confiance dans les dirigeants politiques , elle suscite inévitablement les rumeurs complotistes et les actes égoïstes pour combler le déficit d’information et d’orientation.

La solution est locale et participative. Les citoyens sont invités à se sevrer d’un État faussement providentiel envahissant ; les entreprises, à sortir des jupons institutionnels. Ainsi, il revient à toute organisation privée ou civile d’apprendre à « piloter sa crise ». Or, cette culture manque encore aux organisations francophones et de nombreux dirigeants attendent passivement des consignes improbables, alors que l’apprentissage par l’expérience est excellent.

Dans l’esprit anglophone d’« organisations intelligentes », c’est-à-dire apprenantes, un concept « d’intelligence de crise » s’impose comme nouveau paradigme de réflexion et d’action. Volontariste, il repose sur quelques principes, références et leçons tirés de l’expérience, à contextualiser.

Le principe de réalité

Face à une situation inédite, il convient avant tout de se poser les bonnes questions. On ne doit pas se fier à la novlangue institutionnelle qui crée un schisme de la réalité, les déclarations et les décisions non suivies d’effet accélérant la dégradation du phénomène qu’elles prétendent traiter.

Espérer une société « sous contrôle » sans en définir le contour ni le contenu est ambigu et illusoire. On doit accepter que liberté et sécurité ne soient pas compossibles ; viser les deux conduirait au paradoxe de l’âne de Buridan, mort de faim et de soif faute d’avoir su choisir entre l’avoine et l’eau.

L’information au cœur de la décision et de l’action

Il est crucial de sortir de la pensée magique et de recourir à l’approche globale et collective, raisonnée et rationnelle, de « l’intelligence », processus continu de maîtrise de l’information aux fins de décision et d’action.

Le processus d’intelligence s’inscrit dans le cadre de la société de l’information. Il permet d’en retirer les éléments utiles à une prise de décision éclairée et responsable. Il est non seulement prescriptif et descriptif, mais également opératif. Dans ses aspects organisationnels et fonctionnels, il permet à une organisation d’exploiter ses ressources internes et de maîtriser son environnement externe.

Des réponses différenciées

La conception et la mise en œuvre d’une intelligence de crise doivent intégrer les spécificités locales. Il est possible d’agir sur deux paramètres. On peut abaisser le risque d’aggravation des risques ; il est aussi possible d’en modifier le cours, pour réduire la probabilité d’occurrence et la gravité des conséquences.

Dans ces conditions, la gestion de crise implique une approche multifonctionnelle et pluridisciplinaire, avec la remise en cause des logiques de certitude. Elle impose de remplacer l’illusion et la prétention de contrôle par l’objectif de maîtrise, plus souple et réaliste.

Le tandem entreprise – société civile, acteur incontournable

L’une des caractéristiques du processus d’intelligence de crise consiste à intégrer tous les facteurs d’explication et d’action possibles, en particulier le facteur humain, clé des problèmes et de leurs solutions. Des lois nationales et des normes internationales de conformité (compliance) imposent déjà de prendre des mesures préventives, quoique la coercition ne suffise pas à créer un esprit civique, d’autant plus quand la puissance publique ne s’impose pas les mêmes règles.

Ainsi, face à l’urgence et à la nécessité, meilleurs moteurs du changement, divers modèles intelligents de gestion de crise au sein des organisations méritent d’être explorés, qui mêlent le secteur privé et la société civile.

Bonne nouvelle : les plus intelligents – et non les plus forts – survivront !

À lire aussi

Pandémie anémique en Afrique : à qui le mérite et les bénéfices ?

On se tromperait à attribuer cette accalmie à une gestion supposée prévoyante et maîtrisée…