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Audio - Cinéma - Culture - Entretiens - Histoire - People - 6 février 2020

Laurent Dandrieu : « Kirk Douglas était plus grand que la vraie vie ! »

L’acteur américain vient de s’éteindre à l’âge de 103 ans.

Au micro de Boulevard Voltaire, Laurent Dandrieu évoque cette véritable légende du cinéma de l’âge d’or d’Hollywood.


Kirk Douglas, le dernier monstre sacré d’Hollywood, s’est éteint à l’âge de 103 ans. Pour certains, c’est l’âge d’or d’Hollywood qui disparaît avec lui. Que faut-il retenir de Kirk Douglas ?

C’est un des derniers survivants de cette époque mythique. Je crois que chez les femmes il y a encore Olivia de Havilland. Elle jouait dans Autant en emporte le vent. Je pense que c’est vraiment une époque qui s’en va. Kirk Douglas incarnait mieux que quiconque puisqu’il avait un côté « Bigger than life », plus grand que la vraie vie. Cette expression correspond assez bien à cette philosophie de l’âge d’or des studios hollywoodiens qui cherchaient toujours des histoires extrêmement fortes et des personnages sortant du commun.
Kirk Douglas avait un jeu assez démonstratif, pas spécialement discret. Ce n’était pas un acteur minimaliste comme pouvait l’être Robert Mitchum. Il incarnait particulièrement bien ce genre de personnages. Contrairement à beaucoup de stars hollywoodiennes, il n’hésitait pas à jouer des personnages négatifs, torturés et ambigus. Il ne cherchait pas à se cantonner à des rôles qui donnaient de lui une image flatteuse ou positive. Il ne reculait pas devant des personnages plus grands que la vie y compris parfois dans des aspects un peu monstrueux.

Quand on dit Kirk Douglas, on pense surtout à Spartacus. C’est le premier film que la plupart des gens diront en parlant de cet acteur.
Quel est le film avec Kirk Douglas à voir absolument ?

Je vais choisir des films qui étaient à mon sens essentiels, mais un peu méconnus. Je pense à trois films qui datent du début des années 50. Le premier s’appelle le Gouffre aux chimères de Billy Wilder. Ce film date de 1951. C’est une image absolument féroce de l’arrivisme et notamment de l’arrivisme journalistique. Jusqu’où un journaliste est-il prêt à aller pour obtenir un scoop ?
La même année, un film de William Wyler, Histoire de détective. Ce film montre Kirk Douglas en policier qui pourchasse des criminels.
Enfin, Les Ensorcelés, un film de Vincente Minelli. Ce tableau est tout à fait corrosif de la grande époque de Hollywood. Kirk Douglas joue une grande figure d’Hollywood avec un grand producteur qui a des côtés extrêmement brillants, mais également des côtés extraordinairement monstrueux. Ces trois rôles sont très marquants dans une scénographie très riche.

Quand on voit cette génération de Kirk Douglas, on voit la différence entre Hollywood de l’époque et Hollywood d’aujourd’hui. Un Hollywood dans lequel des personnalités comme Clint Eastwood se sentent un peu à l’écart, car ils incarnent une pensée et une vison de la société qui n’est pas vraiment dans l’air du temps. Kirk Douglas avait-il l’étiquette d’un vieux réactionnaire ou était-il tourné vers le progrès ?

C’était plutôt un acteur engagé, mais dans un sens plutôt progressiste. Il est d’origine juive. Il était très marqué par l’antisémitisme qui a marqué le XXe siècle. Il a pris sa carrière à bras le corps et ne s’est pas contenté d’attendre que la roue tombe. Il avait sa propre maison de production. Il a utilisé son charisme extraordinaire pour faire avancer les projets qui étaient plutôt dans le sens de ses idées progressistes et libérales. L’histoire du cinéma retiendra cet épisode du maccarthysme dans lequel un certain nombre de gens, soupçonnés à tort ou à raison de proximité avec le parti communiste américain, ont été un peu chassés des studios. Ce sont des gens ultras talentueux comme le scénariste Dalton Trumbo. Kirk Douglas a été le premier à permettre à Dalton Trumbo de retravailler à Hollywood ouvertement sous son ombre. Il était un acteur engagé dans un sens plutôt progressiste.

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