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Vous avez publié La Confrérie des intranquilles aux Éditions de l’Homme nouveau. Pourquoi ce livre ? Répond-il à une urgence particulière ?

Il est vrai qu’à l’heure où la française semble s’effondrer de tous côtés, publier un livre de critique littéraire peut paraître un peu surréaliste. Pour autant, je n’ai pas le sentiment d’être de ceux qui discutent du des anges tandis que les barbares assaillent la Cité. Si l’on admet que nous traversons une civilisationnelle d’une exceptionnelle ampleur, et qu’une partie de cette crise provient du fait que nous ne savons plus qui nous sommes, il est en effet urgent de nous réapproprier notre culture, d’apprendre à connaître et à aimer nos trésors civilisationnels. Je suis frappé de l’émergence d’une jeune génération de Français qui s’engagent pour tenter de stopper l’effondrement en cours, sans avoir toujours les fondements culturels nécessaires à enraciner le combat qu’ils mènent. Peut-être ce livre pourra-t-il les aider à incarner ce pour quoi ils combattent…

Cette confrérie semble pour le moins hétéroclite. On imagine difficilement Chateaubriand, Sureau et Hergé partager l’une ou l’autre ressemblance.

Une partie de l’intérêt et du plaisir de la critique est d’établir des rapprochements inattendus, qui révèlent une vérité inaperçue. Entre Chateaubriand, qui écrit « Je cherche seulement un bien inconnu, dont l’instinct me poursuit », et Sempé, qui confesse être animé de « la conscience profonde que nous ne sommes que de braves petits êtres en quête d’autre chose, mais qu’on ne saura jamais quoi », il y a sans doute moins de distance qu’on imagine, et il y a quelque chose à apprendre de la façon dont deux personnalités aussi différentes partagent une même insatisfaction. On peut s’amuser aussi à trouver chez Julien Green, Jacques Perret ou Bernard et François Sureau un rapport au temps assez similaire, un sentiment de cette compénétration du présent et du passé qui fait de nous les contemporains de ceux qui nous ont précédés dans les siècles.

Intranquilles… Cette époque a de quoi nous rendre ainsi. Faut-il voir chez ces auteurs un moyen d’affronter l’absurdité de cette époque, à défaut de la comprendre vraiment ?

Pas seulement, parce qu’il y a chez beaucoup d’entre eux une sorte de stupeur d’être au monde, un sentiment d’exil métaphysique qui ne sont d’aucune époque. Mais évidemment, aussi, une protestation contre l’imbécillité de l’époque, sa déshumanisation matriculaire, son égalitarisme niveleur, son matérialisme aveugle, son mépris du passé et des traditions comme des valeurs aristocratiques.

Vos écrivains sont tous des hommes blancs, pour l’immense majorité décédés. Aucun écrivain féminin n’a trouvé grâce à vos yeux ? Et pourquoi autant d’écrivains dits « réactionnaires » ?

Il est certain que mon livre ne correspond guère aux nouvelles normes diversitaires… Est-ce ma faute si la culture occidentale a été bâtie pour l’essentiel par des « hommes blancs de plus de 50 ans » ? Il y a pourtant des femmes parmi mes auteurs de chevet (à commencer par Jane Austen), mais peut-être sont-elles plus naturellement de plain-pied avec le monde, et donc moins portées à l’intranquillité. Un remords : Irène Némirovsky, qui aurait bien pu intégrer la confrérie. Quant aux réactionnaires, ils sont évidemment mieux outillés que d’autres pour lutter contre cette « conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure » qu’est la modernité, pour parler comme Bernanos.

Tous, en tout cas, nous donnent l’impression d’avoir l’intuition d’un ailleurs. Comme si la réponse à la folie de l’époque ne saurait être autre que spirituelle… Est-ce voulu?

L’intranquillité qui réunit ces auteurs m’a paru être une sorte de vertige existentiel devant l’incapacité des biens de ce monde à répondre à nos aspirations les plus profondes, qui suscite la quête plus ou moins consciente d’un ailleurs qui puisse les combler. C’est cet ailleurs inconnu qu’à travers leur art ils cherchent à atteindre. Et c’est cette quête qui fait de chacun d’eux, à sa manière particulière, un éclaireur de sens.

Entretien réalisé par Marc Eynaud.

21 janvier 2021

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