L’assassin de Samuel Paty assassiné : le lapsus qui tue d’Emmanuel Macron

Capture d'écran
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L’un des plus grands Présidents-fossoyeurs de la nation, corrézien de souche, avait au moins la qualité d’aimer les bons poètes russes. Si cela ne suffit pas à l’absoudre de ses multiples trahisons, il a pu dire ceci, en mai 1995 : « Je me souviens, quand j'étais jeune, je lisais un poème de Lermontov, dans les années 1850, qui s'est transformé en une berceuse que tous les petits Russes ont entendue et qui disait : “Mon petit, dors. Le grand méchant Tchétchène est en train d'aiguiser son couteau, mais ton papa veille.” C'est une vieille, vieille affaire, l'affaire de Tchétchénie. »

Connaissez-vous ces braves gens du Nord-Caucase ? Je sens, chez vous, un léger frisson dorsal lorsqu’on prononce le mot « tchétchène ». Soit, on sait que nombre de ces gens-là, venus villégiaturer en France aux frais de la princesse, sous prétexte d’exil, ont eu, ces derniers temps, quelque difficulté d’acclimatation à notre société « covidéenne » – ou « bovidéenne », si vous préférez –, devenue furieusement légaliste. Ne nous sommes-nous pas trompés à qualifier de « violences » et « d’expéditions punitives » ces joyeuses exhibitions masquées qui poussèrent plusieurs dizaines d’entre eux à venir fêter à Dijon et à Nice le déconfinement de juin dernier ? À Nice, on déplora deux blessés graves. Mais ne faut-il pas que jeunesse se passe ?

Et quand la fête va trop loin ? Quand un professeur de laïcité française finit décapité par un furieux musulman caucasien ? Peut-on encore prendre ces frasques à la légère ? L’assassin qui vaguait, ce 16 octobre – un quidam dénommé Abdoullakh Anzorov, 18 ans, qui s’en est pris aux agents de la BAC, courant vers eux et leur tirant dessus avec un pistolet à billes tout en criant « Allahu akbar », mais portant aussi, sur lui, un couteau –, a terminé son errance meurtrière avec, dit-on, neuf balles dans le corps.

Mort de guerrier tchétchène ? Sa récompense posthume n’a pas tardé. Sur Instagram, les hommages ont fusé. Photo d’un cercueil ainsi légendée « Le corps du héros est revenu dans sa patrie ». Courte vidéo figurant Anzorov aux côtés de Baysangur de Beno qui combattit les Russes au XIXe siècle, ou de Yusup Temerkhanov, assassin, par vengeance de sang, d’un colonel criminel russe, en 2011. Rapatriée le 5 décembre, la dépouille d’Anzorov a été mise en terre le lendemain, dans son village de Chalaji, suivie, malgré la neige, et drapée du vert du martyre, de près de 200 personnes – des hommes, bien sûr –, scandant des versets du Coran et leur fameux « Allahu akbar ».

Par ailleurs, dès le 3, pour rendre hommage à leur compatriote, des habitant auraient apposé, dans une rue du village, un panneau portant son nom. Geste non officiel, mais sans doute effectif et fort de portée symbolique. Bien que – profil bas – ni les autorités tchétchènes ni leurs médias sous contrôle n’aient parlé du rapatriement du corps ou de sa sépulture, bien que le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ait pris soin, lundi dernier, de préciser qu’il s’agissait bien « d'un meurtrier, d'un terroriste », que « ces actes sont condamnés et absolument inacceptables », Salman Magamadov, chef du village de Chalaji, a quand même glissé que « pour l'ensemble du monde islamique, c'est un héros ».

Alors que Samuel Paty paraît en passe d’être rangé dans le placard des pertes et profits de la République, après « l’émotion » initiale, le coup de grâce lui a été porté involontairement, ce 4 décembre, par un lapsus – on l'imagine non révélateur – du président de la République lui-même. Stigmatisant, en quelque sorte, la République et la nation pour ce qu’il semble concevoir comme notre part collective de responsabilité dans la dérive djihadiste de « certains de nos jeunes » dans son entretien piégeux avec Brut, Emmanuel Macron a dit ceci d’Anzorov : « Le jeune homme qui a été assassiné, qui a commis cet acte terroriste à l’égard de Samuel Paty, était certes d’origine étrangère, mais il était sur le sol français depuis qu’il était tout petit. » Il a fini dans un rictus. Comprenne qui pourra. Anzorov « assassiné » ! C’est le lapsus qui tue.

Pierre Arette
Pierre Arette
DEA d'histoire à l'Université de Pau, cultivateur dans les Pyrénées atlantiques

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